Peu disert, assurément. Peu importe d'ailleurs. Il est, répand le
bruit méchant du ponton, «plus à l'aise avec les éléments qu'avec les humains». A mi-parcours de la trentaine, Yves Parlier, cheveux couleur d'iceberg, oeil couleur de tropiques, n'est pas un type à faire des phrases ou des révérences. Qu'il vienne à manquer d'eau, qu'il connaisse des ruptures de matériel, l'homme ne revêt jamais le costume étriqué de ces fonctionnaires plaintifs qui frappent à la porte du bureau des pleurs et des doléances. Baillonnant d'un revers du coude, les réprimandes qu'il s'auto-administre vraisemblablement dans le silence de sa solitude. De ce départ pile ou face avec un bateau neuf relevant de blessure, de ce moral en convalescence pour cause de préparation atrophiée, il n'aime guère en dire plus. Laconique, il a lâché les contacts, sans certitude sur la fiabilité de son nouveau mât révolutionnaire; il s'est éloigné des terres sans désalinisateur, un choix philosophique, puis a vu ses ballots d'eau potable se fendre dans la tempête de Gascogne, perdant les trois-quarts de ses réserves; depuis il guette les moindres pluie pour recueillir quelques décilitres d'un liquide plus que précieux. Plus tard, il casse une pièce de l'étais, le cable-enrouleur de génois qui soutient son mât par l'avant. Impossible d'utiliser sa voile lourde et puissante qui donne à son voilier des accélérations de bolide océanique. Peu lui chaut, il reste au contact de ses deux principaux adversaires qui l'ont pas




