ça devait être un genre de Tintin au Tibet: une belle histoire
d'alpinisme et d'amitié franco-chinoise, avec vue sur un marché de 1 milliard de consommateurs. Sous les coups de quelques alpinistes indignés, c'est en train de tourner au mauvais film, du genre: «On a marché sur... les droits de l'homme.»
Scénario: une expédition franco-chinoise devait tenter, au printemps 1997, l'ascension de l'Everest par une nouvelle voie, une directissime en face nord. Des retransmissions télévisées en direct étaient prévues pendant trente jours en France et en Chine, avec les premières images en direct du sommet. Une équipe médicale devait installer une base de survie à 7 000 mètres pour étudier les effets d'un séjour de longue durée en altitude.
Le CNPF se frottait les mains, Thomson était dans le coup, comme l'Aérospatiale, qui devait, prouesse technique, envoyer un hélicoptère filmer à 8 000 mètres d'altitude. Le ministre des Sports, Guy Drut, parrainait, les institutions de l'alpinisme suivaient. Il ne restait plus qu'à trouver les 20 millions de francs nécessaires pour financer le projet.
Il y avait certes quelques grincements de dents du côté des puristes de l'alpinisme: avec son aspect (bi)national, son oxygène, ses cordes fixes, cette expédition lourde rappelait un certain style tricolore d'un autre âge, né en 1950 à l'Annapurna et qu'on croyait définitivement ridiculisé avec le flop du K2 en 1979 (2 000 porteurs, 20 alpinistes au camp de base, zéro au sommet). L'été dernier à Chamonix




