Menu
Libération
Interview

Patrick Gabarrou: «ça me donne envie de vomir»

Réservé aux abonnés

Publié le 05/12/1996 à 3h28

Patrick Gabarrou, glaciairiste esthète, trace depuis plus de vingt

ans de belles lignes dans les faces raides des Alpes. Rencontre avec un alpiniste en colère.

«Tibet libre», c'est le nom que vous avez donné à votre dernière voie, une goulotte ouverte avec Philippe Batoux en face sud du Triolet. Pourquoi?

Ce projet d'expédition franco-chinoise à l'Everest, c'est une honte, ça me donne envie de vomir. Il faut prendre position sur le génocide tibétain. C'est pour moi un choix de conscience, d'une clarté absolue.

Nous avons ouvert cette voie au Triolet fin octobre. Seuls quelques sommets dépassaient d'une mer de nuage ­ on ne les reconnaissait plus et on s'est dit que ça ressemblait aux montagnes du Tibet. L'idée m'est venue en un éclair, pendant la descente en rappel: «Free Tibet».

Prendre position, qu'est-ce que cela signifie concrètement?

Je me suis toujours interdit d'aller au Tibet. Je ne veux pas cautionner un génocide. Autour de Lhassa, il y a trois camps de torture et d'extermination (1). Pour moi, c'est très clair: il faut condamner ce génocide et agir en accord avec sa conscience. En 1992, avec mon ami Alexis Long, j'avais eu un projet: nous voulions passer clandestinement la frontière chinoise, ouvrir une voie au Shisha Pangma, puis faire don à une école du dalaï-lama, en France, de la somme due aux autorités chinoises (l'autorisation pour gravir un 8 000 coûte jusqu'à 70 000 dollars, ndlr). Mais mon ami est mort et ce projet est resté un rêve.

Les promoteurs d'Alliance 8

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique