La Grave envoyé spécial
Singularité. D'un village, d'une montagne, d'une course. Au-dessus des cités sombres que l'on traverse en montant de Grenoble, au-delà de la paupérisation inéluctable de ces bouts de vallée enrichis hier par l'eau à dompter et la fée hydroélectricité, aujourd'hui en friches industrielles, La Grave, 500 habitants recensés, dresse ses maisons de pierre grise, son agriculture de subsistance, ses bêlements de mouton au matin et ses charrettes de fumier face à la démesure de la montagne. Le découpage administratif en a fait la limite nord des Alpes-de-Haute-Provence; l'arrivant y trouve pourtant les derniers feux de ce Haut-Dauphiné où la vie s'est souvent moquée des plaisirs terrestres, où la roche s'est travestie en maîtresse austère, où les anciens ont dans les yeux la rudesse des existences à fleur d'altitude.
«Le spot des rebelles». En face de ce village à flanc de coteau, la Meije et ses 3 983 mètres subliment l'aridité du lieu et la tristesse granitique. La montagne ne s'est pas donnée facilement et fut, au siècle passé, l'une des dernières à se laisser capturer par les chasseurs de sommets. L'histoire se souvient de ce Gaspard de la Meije, homme rude venu de Saint-Christophe-en-Oisans, triomphateur en 1878. Mais, aujourd'hui encore, la montagne, théâtre dimanche d'une course de ski extrême, impose toujours sa loi à l'homme, qui lui doit respect et humilité.
La Meije, le «midi» en franco-provençal, pour signifier l'arrivée du premier soleil après des s




