Ainsi donc, il est urgent d'attendre, de ménager la chèvre et le
crampon, le short et le chou. Aimé Jacquet, être raisonnable, n'entend pas précipiter les choses. C'est dans son tempérament de père-la-prudence. Et il a amplement raison. Parce que le temps est avec lui, parce que rien ne l'y oblige, parce qu'on sent, derrière le masque figé et les propos parfois peu convaincants, la satisfaction qu'a le sélectionneur de renvoyer dans les cordes les affamés de l'information. Pourquoi en effet livrer en pâture 22 noms en ce début mai, même s'il l'avait promis, alors qu'il a jusqu'au 2 juin minuit pour fournir à la Fédération internationale le bon d'entrée de ses vaillants soldats? Pourquoi ne pas attendre que les championnats se terminent, moins en France qu'en Espagne, en Italie ou en Angleterre (pays qui fourbissent le gros des troupes appelées), que les finales de coupes, nationales ou européennes, donnent leur verdict? Sportif mais surtout physique. Des blessures sont toujours possibles, or si Aimé Jacquet abhorre les désagréments, c'est bien lorsqu'ils concernent les coups bas de dernière minute, les obligés de se décommander in extremis. Alors il se protège, il s'entoure de barrières, il gonfle ses listes. Pour ne pas prêter le flanc à la critique, pour se rassurer sans doute un peu aussi. «Je veux tenir en réserve, sans pression, un volant de joueurs pour faire face à toutes les éventualités», se justifie-t-il. On peut simplement lui en vouloir lorsqu'il clame d'entrée




