Cork, envoyé spécial.
Comme s'il en était encore besoin, une image en provenance du bord de mer jette un froid au beau milieu du dernier après-midi irlandais. A l'approche de Youghal et de l'estuaire de la Blackwater, dans les bourrasques qui font monter le sang aux tempes, le maillot jaune est allé se cogner la tête contre un muret de pierres disjointes. Il gît inanimé en bord de route, cerné dans la panique par le ballet inquiet et inquiétant des suiveurs, médecins, cameramen et photographes aux abois. Son torse raide, ses jambes luisantes font une drôle de croix, la caravane retient son souffle, le peloton, qui a vu la mort de près il y a trois ans dans les Pyrénées, retient l'allure. L'alerte est brève, une ambulance vient chercher Chris Boardman, et les premiers échos sont rassurants. Son front est ouvert, sa carcasse meurtrie, mais il a retrouvé ses esprits. Sur le trajet, on lui racontera sans doute pour l'anecdote la spectaculaire culbute dont les images s'échappent obstinément dans un mouvement flou de sa mémoire: l'Anglais s'était lancé à l'aveugle dans le sillage de son équipier Moncassin, il filait vers Youghal où l'Allemand Zabel et le Belge Steels menaçaient de lui dérober le maillot jaune à la faveur d'un sprint intermédiaire. Dans la tension, il a heurté une roue. Celle de son équipier, sans doute. Pour le faire sourire, on ajoutera peut-être que la ville forte vers laquelle il fonçait tête baissée, porté par une foule euphorique, est l'un des ports irlandais




