Albertville, envoyé spécial.
Marco Pantani et Jan Ullrich n'ont pas pour habitude de traîner en chemin. Une fois la ligne franchie, dans le labyrinthe de grilles et de câbles de l'aire d'arrivée, on ne les retient pas longtemps pour les politesses et le protocole. Après quelques banalités, les voitures les ramènent à vive allure vers leurs hôtels, l'un à Albertville, l'autre sur la route de Chambéry. Tassés sur les banquettes, ils sont graves et las, et emportent avec eux leurs secrets. Ceux qui nous occupent au soir d'une étape ordinaire sont moins troublants que les mystères qui agitent le Tour depuis le départ de Dublin. Quand même! Le cyclisme a ceci d'intrigant qu'on s'y pose toujours des questions. Et que les réponses sortent rarement du peloton. Qui saura, par exemple, qui méritait de gagner sur l'avenue des Chasseurs-Alpins en bordure de l'Arly? Après quarante kilomètres de descente tourmentée dans la roue de son adversaire, Marco Pantani, sûr de conserver son maillot jaune, a-t-il en tête de laisser la victoire d'étape à Jan Ullrich quand se profilent les faubourgs d'Albertville? Ça se fait, paraît-il. Il suffit d'y mettre les manières. Mais pourquoi alors l'Italien sprinte-t-il si fort que tout se joue pour un boyau? Pantani en rajoute-t-il trop dans la comédie? Est-il au contraire si fier, si sûr de lui, qu'il se sent prêt à décrocher un septième succès sur la Grande Boucle au mépris des accords tacites du peloton? Souhaite-t-il faire passer Ullrich pour un prince




