Il y a eu la peur puis le doute, l'espoir puis la délivrance. Elle
est venue à 15 h 15, hier, au PC course de la navigatrice en perdition. Elle est venue sous la forme de quelques mots, badins, tombés sur un télex: «Isabelle est à bord, tout va bien, on va se faire une belle croisière.» Pour la deuxième fois de sa carrière, Isabelle Autissier, 42 ans, échappe aux eaux noires et tourmentées de l'hémisphère Sud. Une fois encore, la mer se refuse à elle (lire page suivante). En tête du classement général de la course autour du monde en solitaire avec escales, elle partait, enfin, pour une délicieuse victoire. Elle rêvait d'une consécration. Elle a vécu 24 heures qui n'appartiennent qu'à elle. Elle a perdu son voilier mais sauvé sa vie.
White Zone. Elle ne s'explique pas comment ni pourquoi son monocoque a chaviré. «C'est un grand mystère», dit-elle. Et il y a, dans ses mots, l'envie de comprendre. Ou de raconter, tout simplement. «Le bateau s'est retourné par vent modéré de 20 noeuds. D'habitude, ça se couche mais ça se récupère vite. Le bateau est parti à 90 degrés. Je ne pouvais plus aller dans le cockpit.» Et encore: «Il s'est ensuite retourné très vite. J'ai juste eu le temps de fermer la porte.» Elle déclenche une balise de détresse. Puis une autre, trois heures plus tard. Elle est au milieu de nulle part: la White Zone, seulement traversée par les tempêtes et les growlers (lire page suivante).
Illico, la logistique de l'opération de secours se met en place. Devant elle, Ma




