A «corps perdu» est l'expression exacte. Le 13 octobre à Madrid, à la nuit, Fernando Robleño a embrassé son épée puis, à courte distance, s'est lancé, «à corps perdu», entre les cornes de Molesto «Ennuyeux».
Molesto était un euphémisme de Victorino Martin et de 508 kg. Molesto n'était pas discrètement ennuyeux, il était ostensiblement vindicatif. Bravo? Pas exactement. De mauvais poil et donc violent tendance sauvage comme les autres Victorino Martin, faibles sans caste, et fourbes parce que sans caste. Ils refusaient d'être toréés. Lorsqu'un toro refuse d'être toréé, le parlé aficionado dit qu'il «proteste». Les Victorino Martin de la feria d'automne de Madrid prenaient une demi-passe, puis, arrivés au ventre du torero, semblaient dire «tu m'as couillonné jusque-là mais maintenant, à la hauteur de tes fémorales, je ne joue plus et je t'envoie ma récrimination en forme de coup de corne». Molesto sautait dans la muleta et se retournait vite pour cueillir Robleño par en dessous. Ses attaques, de plus en plus serrées, étaient comme un noeud de plus en plus coulant.
Au sol et au ciel. Robleño savait ce danger et n'en a pas fait cas. Pour desserrer cet étau et allonger les charges de Molesto, il s'est croisé jusqu'à la «troisième corne», et a intelligemment alterné séries de la droite et séries de la gauche afin de perturber la perspicacité du toro. L'intensité de ce combat parvenait à passer à travers l'écran de la télévision, connu pourtant pour vitrifier l'émotion tauromachique




