A la fin de sa vie, en mai 1960, des amis viennent visiter dans sa maison du 7, rue O'Donnell, Rafael El Gallo, torero plus lunatique qu'un poisson. Ils veulent mettre à l'épreuve ce qui reste de lucidité à ce vieil hurluberlu qui, lucide, ne l'a jamais été. On veut dire lucide comme l'entend le commun des mortels, lui qui n'a jamais été commun, mais mortel oui, dans quelques jours. Ils lui demandent : «Rafael, quand peut-on dire d'un torero qu'il est artiste ?» Rafael, qui a la réputation de parler seul ou d'être muet comme la tombe qui l'attend sous peu, fait une réponse immédiate : «Un torero est artiste quand il a un mystère à dire et qu'il le dit.»
Sans trop savoir ce que l'énigmatique Rafael voulait énoncer, on pressent bien, corrida de plomb après corrida de plomb, ce que sa vaticination extériorise. Vendredi à Séville, elle pouvait rencontrer son application, mais inversée, puisqu'on y combattait les toros dit «artistes» de Juan Pedro Domecq, créateur du concept. Le concept de toro-artiste a fait grand bruit voici une dizaine d'années. Pour Juan Pedro Domecq, il s'agissait de produire des toros au tempérament suffisamment prévenant pour permettre aux délicats toreros du dessus du panier d'exprimer leur sensibilité jusqu'à son raffinement.
Torodrome. Sachant pertinemment que les artistes sont plutôt mous de la gâchette question condition physique, Juan Pedro Domecq a créé un torodrome dans son élevage. Il y fait courir ses toros pour muscler leur art. Vendredi, on a vu




