Dans l'été 1853, Brussaut, chroniqueur au Courrier de Bayonne, écrit à Théophile Gautier: «Venez donc, être potelé, jovial et sanguinaire, venez vous retremper à nos fêtes dans les flots d'héroïsme et de poésie.» Brussaut invite en fait Gautier à assister à la première vraie corrida de toros donnée, non seulement à Bayonne, dans les arènes du Saint-Esprit, mais aussi en France. Avec la pose samedi d'une céramique, Bayonne a donc fêté cette année 150 ans de corrida, mais dans sa succulente histoire de la tauromachie à Bayonne (1), Claude Pelletier, décédé en 1993, fait remonter le goût local pour les toros à 1289, quand la ville était anglaise et les bouchers chahuteurs.
En 1289 donc, un prévôt de la ville interdit en effet à leur corporation de «ne lâcher toros, boeufs, ni vaches pour les faire courir dans la ville...» Ce texte, qui, selon Pelletier, «est le premier en France à établir la tradition taurine», a un avantage évident. Il permet de fonder sur l'épineuse question de la jalousie taurine l'antériorité de Bayonne sur la rivale Dax, séparée par plus de cinquante kilomètres de noises. En 1913, Dax, par exemple, se plaignait que Bayonne organise sous son nez une corrida le dernier dimanche d'août, jour qui appartient à leur fête de toute éternité. La réplique calendaire des Dacquois se fera attendre 68 ans. En 1971, prétextant que le 15 août tombe un dimanche, Dax monte à son tour une corrida, ce saint jour que Bayonne croyait à tout jamais sien pour organiser la sienne.




