Arles envoyé spécial
Vendredi, El Juli donne la leçon et coupe trois oreilles. Une leçon sans le cholestérol de la pédanterie. Une leçon en forme de jeu lumineux. Il torée Campanario et Cebollita, deux toros nobles et sans relief de Domingo Hernández, sourire aux lèvres. Il torée comme en sifflotant et comme Glenn Gould chantonnait en interprétant les Variations Goldberg de Bach. Miracle. La tauromachie d'El Juli est profonde sans être épaisse et technique sans que ses procédés déflorent sa fraîcheur. Il torée savamment d'un coeur léger. El Juli ou le métabolisme taurin. Il sait d'emblée où se placer, s'il faut toréer pieds joints ou pas, comment se présenter pour que le toro charge, ce qu'on peut obtenir de lui, jusqu'où aller trop loin. Sa cape et sa muleta ne sont pas des instruments mais le prolongement naturel de ses mains et surtout de son exceptionnelle intelligence des toros.
Energie. On a connu El Juli comme un surdoué, avide de justifier ses dons exceptionnels, on l'a répertorié comme torero de l'énergie, enragé de couper des oreilles et pressé de dégommer ses petits camarades. Il était vendredi à Arles ce qu'il est depuis deux ans : un enthousiasmant torero du gai savoir. Un torero rayonnant et apaisé qui cherchait et trouvait sans effort apparent les solutions les plus pures pour donner de l'éclat, de la couleur et du fond à Cebollita, toro limité à gauche et plutôt délavé. Il finira par l'obliger à attaquer tête basse sans l'affliger.
Comme personne ne peut pousser




