Puerto de Santa María,
Puebla del Río envoyé spécial
C'est une formule usée que les aficionados rabâchent lorsqu'ils vont voir une corrida au Puerto de Santa María, dans la baie de Cadix, au bord du Guadalete, le léthargique fleuve de l'Oubli. C'est la phrase de Joselito «el Gallo» : «Qui n'a pas vu des toros au Puerto ne sait pas ce qu'est un jour de corrida.» Sa pertinence s'est évanouie depuis belle lurette. Le prestige taurin du Puerto s'est ratatiné comme les pinèdes mangées par l'urbanisme touristique, contre quoi les écologistes locaux ont annexé un gigantesque toro métallique d'Osborne sur lequel ils placardent leurs protestations : «Non à l'urbanisation des pinèdes !»
Du temps de Joselito, une corrida au Puerto, où les aficionados pouvaient venir en chaloupe, avait presque l'importance d'une course à Séville et un charme, dit-on, particulier. Aujourd'hui, l'ancien Al-Qanatir des Arabes est tauromachiquement entré dans le rang, et les vieux aficionados soupirent «sur notre chaque fois moins prestigieuse Plaza Real». Aucun torero actuel n'est originaire du Puerto, qui n'a ni école de tauromachie, ni véritable musée. En revanche, la Plaza Real, une des plus grandes d'Espagne avec ses 15 000 places et sa piste de 60 mètres de diamètre, brille par une multiplication d'azulejos commémoratifs. Un pour la phrase de Joselito, un pour Alvaro Domecq, un autre pour un poème d'Aquilino Duque, etc. Cette épidémie de céramiques fait grincer les dents d'un aficionado indigène. Sa plaz




