C’est un souvenir de Curro Romero où il apparaît que les lits espagnols font «chan» quand les nôtres font «cling». Il semble le raconter sans malice, quoique... Orson Welles allait le voir à son hôtel après les corridas. Il montait dans sa chambre, s’asseyait sur son lit et commençait à lui parler. «Et le lit, « chan », s’écroulait parce qu’il ne pouvait pas supporter tout le poids d’Orson Welles. A l’époque, ces lits d’hôtel avec leur sommier déglingué et leur matelas en laine s’enfonçaient tous. Ils ne pouvaient pas résister au poids d’Orson.»
Dans l’écroulement du lit du torero sous le poids du cinéaste, on peut voir l’allégorie du film dit taurin, sujet du livre de Murielle Feiner (1). Depuis les frères Lumière, le cinéma, du dessin animé au mélo, n’a jamais pu résister à filmer la corrida, et la tauromachie, de son côté a rarement résisté à l’entreprise, les ressorts des films s’effondrant sous le poids des poncifs taurins : «Chan !». Combien de navets déglingués dans le champ cinématographique des quelque 500 films répertoriés par Murielle Feiner ? Des centaines d’hectares et beaucoup plus encore si l’on considère que la recension gélatineuse de l’auteur est loin d’être exhaustive. Manuel Rodriguez Blanco, qui prépare un dictionnaire sur le sujet, dénombre plus de 720 réalisations. Témoignage, non cité par Feiner, de ce divorce, le commentaire d’Hemingway à son ami Juanito Quintana, hôtelier à Pampelune, au sujet de l’adaptation par Hollywood de son roman Fiesta




