Il pleut sur Nantes, il pleut des hallebardes, grises et glacées qui me transpercent le cœur. Et pourtant, je suis là, au chaud, vautré sur le canapé du salon dont les baies vitrées ouvrent sur la Garonne. Ici aussi, on m'appelle Caucau.
J'ai débarqué à Agen il y a sept ans parce que ma femme réclamait un frigo américain. L'ancien, je le vidais en une matinée et elle devait se retaper une journée de pirogue avec la queue au supermarché de Suva. Ensuite, ce fut l'écran plat, puis le congélateur, la plaque de cuisson à induction, le 4 X 4... Chaque fin d'été, elle me dit: «Allez, corvée de ballon, nounours d'amour !»
Au début, la presse s'enchantait de mon jeu fantasque, des essais du funambule légèrement patapouf avant que quelques frasques fassent ses choux gras. Un petit joint par-ci, une overdose de pizza par-là, des vacances à rallonges sous mes cocotiers, un maillot trop étroit à hauteur du nombril. Personne ne s'est jamais demandé pourquoi. Vous connaissez Agen, ce Colombey-les-deux-Eglises de l'ovalisme? De quoi y crever d'ennui en tapant la belote devant l'ordinateur. Il faut y être né pour s'y faire enterrer. Et encore, par une sorte de nostalgie posthume après une vie passée loin de la ville.
Finalement, en septembre, les dirigeants m'ont foutu à la porte au prétexte d'un malheureux retard de deux mois à l'entraînement. Pas contente ma femme. «Et le lave-vaisselle, hein, le lave-vaisselle? Maintenant, chaque soir, tu nettoieras tes douze assiettes»,




