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Portrait

Chuck Blazer l’arnaqueur arnaqué

Charles Blazer, ancien secrétaire général de la Concacaf, la Confédération de football d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes. (Photo Imago Panoramic.)
Publié le 29/05/2015 à 20h16

Une bouille de pâtre grec, une bedaine sympathique, le sourire du gars qui vient de vous jouer un bon tour. Vraiment pas un méchant gars, ce Charles Blazer, que tout le monde appelait Chuck quand il était secrétaire général de la Concacaf (1) et membre de divers comités à la Fifa. Mais, que voulez-vous, il fallait nourrir cette grande carcasse, 200 kg sur la balance tout de même. Alors, il en a croqué.

Complice. Une seule histoire parmi des dizaines d'autres exposées dans l'acte d'accusation donne le vertige. En 2004, la Fifa doit examiner les candidatures du Maroc, de l'Afrique du Sud et de l'Egypte pour organiser la Coupe du monde 2010, la première en Afrique. Un complice de Chuck Blazer se rend en Afrique du Sud et négocie un pot-de-vin de 10 millions de dollars (9 millions d'euros) en échange de l'appui de la Concacaf à la candidature sud-africaine. Chuck doit théoriquement récupérer 1 million de dollars.

Le 15 mai 2004, jour du vote, il apporte sa voix à l'Afrique du Sud. C'est là qu'on se rend compte que la vie se complique quand il s'agit de récupérer des dessous-de-table : il faut trouver une combine. Le complice de Chuck Blazer commence par lui expliquer qu'il n'aura pas son million, qu'il a fallu rémunérer d'autres intermédiaires… Il devra se contenter de 750 000 dollars, payables en trois fois. Le premier versement de 298 500 dollars passera par un virement d'une banque caribéenne sur le compte de la société Sportvertising Cayman Account, après un détour par la Bank of America, à New York. Le deuxième versement, de 210 000 dollars, arrive par chèque sur son bureau. Il le dépose tout simplement sur le compte qu'il détient chez Merrill Lynch à New York. Pour le dernier paiement (250 000 dollars), un émissaire vient de Trinité-et-Tobago à New York, pour faire vérifier le chèque qui repart aussitôt par avion, entre les mains d'un représentant de la FirstCaribbean International Bank, située au Bahamas. Le compte y est, mais le bon Chuck s'est fait carotter de 250 000 dollars. L'acte d'accusation enfonce le clou en précisant que «Blazer ne recevra jamais le solde du million de dollars promis», avant d'ajouter benoîtement «qu'aucune trace de cette corruption n'a été trouvée dans les documents de la Fifa ou de la Concacaf».

Cagnotte. Chuck Blazer a finalement démissionné de toute responsabilité dans le foot et doit refaire ses comptes. Longtemps, il a pris les caisses de la Concacaf pour une cagnotte personnelle. Selon le New York Daily News, ses dépenses personnelles prises en charge par la fédération s'élevaient bon an mal an à 10 millions de dollars par an. Chuck a déjà payé une amende de 1,9 million de dollars, mais la justice américaine risque de lui faire sera jugée.

(1) Confederation of North, Central American and Caribbean Association

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