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Portrait

Jeffrey Webb gourmand des Caïmans

Le président de la Concacaf Jeffrey Webb. (Photo José Lopez Zamorano.Notimex)
Publié le 29/05/2015 à 20h16

Se faire croquer comme ça à 50 ans, quand on est citoyen des îles Caïmans, dans les Caraïbes, c’est inattendu. La Confédération d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf) a annoncé jeudi qu’elle révoquait Jeffrey Webb, interpellé mercredi à l’aube par la police helvétique avec six autres cadors de la Fifa. Webb avait succédé en 2012 à la tête de la Concacaf à Jack Warner, plombé par quelques casseroles. Mais Warner et Webb sont tous deux tombés dans l’enquête américaine. La Concacaf va devoir se trouver un nouveau boss.

Jeffrey Webb a su prendre progressivement du poids : président de la Cayman Islands Football Association, puis vice-président de la Fifa, membre de la commission des finances et de la commission chargée de l’organisation des Coupes du monde. Et à force de s’installer dans les instances internationales, on réclame son dû. Quand il s’agit de confier les droits télés pour les Mondiaux 2018, attribué à la Russie, ou 2022, au Qatar, il demande 3 millions de dollars, selon l'acte d'accusation. Alors que les négociations sont sur le point d’aboutir, Jeffrey Webb envoie un émissaire en Hongrie pour défendre son enveloppe, qui représente 13% du contrat final, d'après les enquêteurs.

Acquisitions. Une partie du paiement passe par le compte d'un constructeur de piscines à la United Community Bank de Blairsville (Géorgie), et l'autre par un compte personnel à la SunTrust Bank, en Géorgie. Pourquoi passer par des banques américaines quand on vit aux Caïmans ? Autant aller chercher la chaleur au pôle Nord. Mais la réponse est simple : Jeffrey Webb voulait faire quelques acquisitions dans les Stone Mountain (près d'Atlanta). Faut-il avoir le cerveau saturé pour faire ses courses aux Etats-Unis ! Tant qu'il menait ses affaires en dehors du territoire américain, Webb pouvait se sentir à l'abri. Mais quand le business se fait en billets verts et à domicile, le FBI lance ses enquêteurs.

Maillots. Les droits télés étaient donc sa spécialité : une compétition de foot, des droits et Jeffrey Webb envoyait ses émissaires. Pour des championnats internationaux organisés par la Concacaf, il se montrait moins gourmand. Mais il exige tout de même 1,1 million de dollars de Traffic USA (lire ci-contre), dont les paiements doivent passer par une société qui fabrique des maillots de foot et des ballons. Au cours d'une conversation enregistrée par le FBI, un proche de Jeffrey Webb s'agace quand un interlocuteur, qui semble représenter Traffic USA, évoque les commissions occultes : «C'est illégal ? C'est illégal ? Mais regardons les choses avec un peu de hauteur. Une entreprise qui a du boulot pour trente ans, c'est pas bien ? C'est pas bien ?»

Evidemment, en prenant de la hauteur, on perd de vue beaucoup de choses, on laisse traîner des comptes, des mails et des virements. Cela ressemble à la manière dont la FBI a fait tomber Al Capone, en fouillant dans ses comptes.

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