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Florent Manaudou : «J’ai fait la moitié du boulot»

Le nageur de Marseille prend du recul sur son deuxième titre mondial en deux jours, sur 50 m papillon, et veut mettre tout le monde d'accord sur le 50 m nage libre dès vendredi.

Florent Manaudou célèbre son titre de champion du monde du 50 m dos, le 3 août 2015 à Kazan. (Photo Christophe Simon. AFP)
ParMathieu Grégoire
(A KAZAN)
Publié le 03/08/2015 à 21h16, mis à jour le 03/08/2015 à 22h04

On ne peut pas dire que Florent Manaudou, 24 ans, ait été particulièrement bouleversé par sa deuxième médaille d'or des Mondiaux de Kazan, ce lundi sur 50m papillon (22''97), après celle sur le relais 4x100m dimanche. Froidement, il raconte une course qu'il a dominée sans la moindre inquiétude. Son ami et coéquipier Frédérick Bousquet et son entraîneur à Marseille, Romain Barnier, sont, eux, élogieux après cette démonstration d'une intense maturité. Leur petit Flo a bien grandi.

Florent Manaudou (champion du monde du 50m papillon), le détaché :

«J’ai fait la moitié du boulot. Je voulais gagner ce 50 m papillon, mais ce n’était pas non plus MON épreuve. Si je n’avais fait qu’un podium ou même une finale, comme en 2011 et en 2013, je n’aurais pas été très déçu. Je suis venu pour autre chose. Ajouter ce titre, ce n’est que bonheur. Je suis fier d’avoir réussi une finale en étant à la ligne d’eau numéro 4. C’est ce qui va se passer samedi. J’ai réussi à être premier durant tout le processus, des séries à la finale. Ça m’a donné des points de confiance et ça va peut-être faire douter certains de mes concurrents lors du 50 m nage libre. Je pense beaucoup à cette ultime épreuve. Je n’avais pas non plus explosé de joie dimanche après l’or du relais. À Barcelone, en 2013, j’avais mis beaucoup d’émotions le premier jour et j’avais très mal nagé le lendemain. Quand je vois Phelps remporter ses 8 médailles d’or olympiques à Pékin, il n’est pas très démonstratif. Pour enchaîner les courses et en gagner plusieurs, il faut aussi savoir garder les émotions pour soi.»

Frédérick Bousquet (partenaire d’entraînement de Manaudou, spécialiste du 50 m papillon), l’enthousiaste :

«Quelle maturité pendant cette course ! Il a su garder son calme. Le Brésilien Santos fait un très bon départ, il est devant à la sortie de la coulée, et là, Florent ne se laisse pas déstabiliser, alors que c'est son point fort, là où il écrase la course. Il a su anticiper toutes les situations possibles, analyser tous ses adversaires, leurs forces et leurs faiblesses pour pouvoir ne pas être surpris pendant la course. Les autres années, il aurait regardé à droite, à gauche, il aurait trop forcé, trop voulu bien faire. Là, il a gardé son relâchement. Le meilleur papillon sur 50 m, le plus rapide, c'est celui que tu vas nager à 98%. Si tu passes cette limite, tu passes à travers. Dès qu'on essaie de faire trop dur, trop fort, on est moins efficace. Souvent, on nage d'ailleurs plus vite en demie qu'en finale sur le 50 m papillon, car on est plus relâché. Un avertissement pour le 50 m nage libre vendredi ? Morozov, le Russe, restera imperturbable, mais il aura les jambes un peu plus lourdes que Florent, car il sera passé par le 100 m. Mais il sera là. Pour les autres, ce sera plus compliqué. Mais ils le savent. Depuis deux, trois ans d'ailleurs. Ils espèrent tous avant chaque compétition que Florent ait un coup de méforme, une préparation qui ne s'est pas bien passée. Mais ils se rendent vite compte que non : ''Il est en cannes, et il va nous éclater !''»

Romain Barnier (entraîneur de Manaudou à Marseille), le lucide :

«Depuis les Jeux olympiques de 2012, c’est sa plus belle course en grand bassin, car c’est celle où, comme à Londres, il nous a surpris par sa capacité à nager plus vite que les autres en fin de course, à maîtriser une discipline qu’il n’arrivait pas trop à gérer, le papillon, où il passait souvent au travers. Il fait un mauvais 50 m papillon aux sélections, cet hiver, il a fait des changements techniques, il les a validés sous la pression. Gagner deux jours de suite lors d’un événement mondial, c’est une nouvelle étape franchie. Il garde le pari entier de faire trois médailles d’or. Je sais que des gens aimeraient le voir dès mercredi sur le 100 m nage libre, mais on serait déjà très fier de le voir repartir avec trois titres. Il reste des écueils à passer, les adversaires du 50 m nage libre, cette barrière des 21’’3 qui fait dire à certains qu’il ne progresse plus. On va démontrer que ce n’est pas vrai.»

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