Les journalistes qui suivent l’Olympique de Marseille depuis un an auront au moins eu droit à un regard de la part de Marcelo Bielsa, l’entraîneur argentin : celui qui n’aura jamais levé les yeux vers eux depuis sa prise de fonction à la direction technique du club phocéen en juillet 2014 venait tout juste de leur dire un «au revoir» définitif, trois quarts d’heure après la défaite de l’OM à domicile devant Caen (0-1) samedi, lors de la première journée de Ligue 1.
Bielsa a lâché la barre à la surprise générale. Deux jours auparavant, c'est-à-dire jeudi, pour sa première prise de parole publique depuis trois mois, l'homme de Rosario avait été d'une neutralité que l'on aura tôt fait de trouver suspecte avec le recul : content du recrutement (alors qu'il avait dessoudé son président, Vincent Labrune, sur le sujet voilà un an), son «président a fait un très grand effort et s'est consacré à son travail avec beaucoup de conviction», le projet lui est apparu convaincant…
Du théâtre : la lettre de démission adressée à Labrune et qu'il a rendue publique devant la presse après la défaite de Caen avait été en réalité écrite la veille, le mercredi, à la suite d'une réunion impliquant Bielsa, le directeur général du club, Philippe Pérez, et Igor Lévine, l'avocat de Margarita Louis-Dreyfus, actionnaire majoritaire du club phocéen. Dans cette lettre, Bielsa explique la chose suivante : «Un accord avait été trouvé au préalable [entre lui et la direction de l'OM, pour qu'il poursuive sa mission à la tête de l'équipe, ndlr] mais mercredi, lors de cette réunion, j'ai découvert que des points avaient été changés. Des points qui ne concernent ni l'aspect financier ni l'aspect sportif. Dès lors, j'estime que la confiance était rompue.»
Affaire cousue de fil blanc
Sans même prendre langue avec sa direction pour éclaircir les «points» en question, alors que le coach argentin avait négocié pied à pied pendant des semaines avec Vincent Labrune l'indexation de son salaire sur le taux de change entre l'euro et le dollar : l'affaire paraît quand même cousue de fil blanc. D'après nos informations, certaines recrues marseillaises, désireuses d'échanger avec le coach avant d'apposer leur signature en bas du contrat comme il est d'usage, ont eu un mal de chien à avoir Marcelo Bielsa au téléphone, l'une d'elles y passant même des semaines. Le préparateur physique Jan van Winckel, que Bielsa avait fait venir la saison dernière et dont il avait fait l'homme de base de son staff, avait déjà fait savoir vendredi qu'il partait prendre un nouveau boulot dans le Golfe persique.
Autant de présages, pour ne pas parler d'indices, annonçant le départ fracassant d'un coach qui avait quand même vu sa direction accéder jusqu'ici à la quasi-totalité de ses désirs, la cote phénoménale de Bielsa auprès des supporteurs le rendant, il est vrai, incontournable dans le paysage phocéen. Marcelo Bielsa laissera derrière lui un effectif qu'il a bâti, calibré pour le style de jeu très particulier – pressing tout-terrain, intensité, prise de risques – qu'il prônait. Il laisse aussi des joueurs désœuvrés, le capitaine, Steve Mandanda, n'hésitant pas à parler samedi de «coup de massue», quand l'attaquant Florian Thauvin évoquait un «choc».
Et il laisse enfin des supporteurs qui devront soigner leur gueule de bois, en ressassant ces quelques mois où l’entraîneur argentin aura permis à leur club de cœur d’exister médiatiquement alors qu’il n’a plus les moyens depuis longtemps de se payer les joueurs capables de gagner des titres.




