Il est très simple de savoir quand l'OM va mal. Le coach organise «une réunion» à la Commanderie. Ah, la réunion… Parlez-en un jour avec Mandanda, le plus ancien joueur de l'effectif, arrivé en Provence à l'été 2007. Il a participé à des dizaines et des dizaines de réunion, ces moments où trois quatre cadres (ou audacieux) parlent pendant que le reste de l'équipe écoute en regardant ses crampons. Lundi matin, Míchel a renoué avec cette tradition quelque peu négligée par Marcelo Bielsa, éphémère entraîneur argentin (juin 2014-août 2015), qui préférait qu'un joueur parle avec ses pieds, voire ses poings. Au lendemain de la défaite infligée par Angers au Stade-Vélodrome (2-1), Míchel a remisé son sourire de lover et regardé ses hommes dans les yeux : «Réunir les joueurs pour leur parler et leur demander ce qui leur plaît ou pas, c'est quelque chose que je fais avec toutes mes équipes. J'ai demandé aux joueurs : "Est-ce moi le problème ?" Ils ont répondu non.»
Linge sale. La première observation : il aurait été couillu qu'un des gars balance le contraire à celui qui fait et défait l'équipe-type. La seconde : cette vieille ficelle de coach, Míchel l'emploie juste après la 8e de journée de L1, s'avouant déjà aux abois. Semaine après semaine, il semble prendre la mesure de l'océan qu'il doit écoper. Il est arrivé sur le bastingage toutes dents blanches dehors le 19 août, a balayé vite fait bien fait les quatorze mois de travail de Bielsa et certaines notions collectives qui fonctionnaient (le pressing, pour citer la plus visible), et il parle généralement de tout, sauf de jeu. «On ne ferme pas totalement la porte aux entraîneurs français, ceux-ci sont parfois efficaces mais souvent peu spectaculaires, expliquait mi-août Vincent Labrune, président du club, alors que l'embauche de l'Espagnol était dans les tuyaux. Ce n'est pas une question de passeport, mais de philosophie.»
Pour l'instant, Míchel assène surtout des vérités toutes faites, en fonction de l'actualité et des résultats. Ainsi, sur la mentalité hexagonale, mercredi, lors d'une conférence de presse soigneusement préparée : «Il paraît que, dans le football français, les joueurs se préservent pour ne pas jouer trop de matchs d'affilée et qu'ils choisissent leurs matchs dans la mesure du possible. Cela m'interpelle, mais je dois m'adapter.» Il faisait référence à quelques-unes de ses ouailles qui ont demandé à être couvées avant le clásico. Il n'y avait plus qu'à regarder le banc jeudi, face aux Tchèques de Liberec, et à identifier Barrada, Dja Djédjé ou Nkoulou, tous en délicatesse avec leur corps. Beaucoup de supporteurs ont vu une dissertation de Míchel sur un thème assez classique : «Les joueurs français sont des paresseux.» C'est un sujet de baccalauréat pertinent, mais il s'agissait plutôt d'une diversion de Míchel sur son turnover du mois de septembre. «Il a fait des concessions pour utiliser tout le monde, mais les joueurs n'ont pas toujours été à la hauteur, et ça l'a déçu», explique un dirigeant marseillais qui trouve sa sortie médiatique «malheureuse». Le capitaine Mandanda l'a aussi peu goûtée. Le linge sale se lave en famille. Ou en réunion.
Pépin. Míchel doit faire avec ce qu'il a, il le sait depuis le premier jour, et il commence pourtant juste à l'intégrer. Lassana Diarra, son meilleur joueur, n'a pas été aligné lors des deux premières rencontres de Ligue Europa (Groningen puis Liberec). Il n'a pas eu à prétexter un pépin. «Pour Míchel, c'est le boss du vestiaire», dit un proche du coach. Un patron qui cause peu à ses coéquipiers, les recadre encore moins, et veille surtout à relancer proprement sa carrière. Cela paie. Diarra n'a plus joué depuis août 2010 avec l'équipe de France, et il vient d'être convoqué par Deschamps pour les matches amicaux post-clásico. Tant mieux pour lui. Pour l'OM, c'est une autre histoire. L'équipe part dans tous les sens, l'avant-centre Batshuayi pense plus à sa ligne de statistiques qu'à sa progression dans le collectif et à son indispensable job de point d'appui, Cabella erre comme une âme en peine, Nkoulou, libre de s'engager où il le souhaite en janvier, a parfois la tête ailleurs. «Cet OM est différent de la saison dernière. Il a perdu des leaders, et son entraîneur qui était aussi un leader», a dit Míchel à deux jours du clásico, dans sa déclaration la plus juste depuis son arrivée.




