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Libération
Adages de saison (4/5)

A l’OL, la valeur n’attend pas le nombre des années

Des joueurs aux entraîneurs, des clubs les plus friqués aux moins dotés, «Libération» raconte en proverbes et antiproverbes le championnat de foot français. Quatrième étape de ce bilan avec les Lyonnais.

Alexandre Lacazette contre Saint -Etienne, début novembre, au stade Gerland (Lyon). (Photo Jeff Pachoud. AFP)
Publié le 29/12/2015 à 10h02

Une équipe comptant 19 points d'avance sur son dauphin à mi-parcours, ce qui lui garantit un quatrième titre de champion de France de rang, des arbitres qui dégainent les cartons rouges comme s'ils étaient assortis d'une prime (66 contre 32 la saison passée à ce stade), des entraîneurs qui bricolent et des joueurs qui ressuscitent… Quatrième des cinq proverbes – ou anti-proverbes – concoctés par Libération pour raconter la première moitié du championnat de France à l'heure de la trêve hivernale :

La jeunesse lyonnaise, prise de pouvoir et actes de décadence

Nabil Fekir (22 ans), Jordan Ferri (23), Alexandre Lacazette (24), Anthony Lopes (25), Corentin Tolisso (21), Samuel Umtiti (22). Ces Marie-Louise de l’Olympique lyonnais, purs produits du centre du formation, ont tous prolongé l’été dernier, et dans des proportions considérables. Le lot classique des équipes qui ont brillé quelques mois auparavant et qui peut vous couler un club pour des années (Bordeaux, Lille). Fekir a quintuplé ses revenus, Lacazette s’endort la nuit en sachant que 4,2 millions d’euros annuels sommeillent sur son compte en banque. Et pourtant, Jean-Michel Aulas, son président, n’a pas tenu la promesse qu’il lui avait faite au moment des négociations : le buteur n’a pas le plus gros salaire de l’effectif, l’ancien Marseillais Mathieu Valbuena est le mieux payé.

Il ne faut pas prendre les jeunes Lyonnais pour des perdreaux de l'année. Ils ont intégré la notion de concurrence dès leurs premiers pas à Tola-Vologe, à une époque où ils ont encore de l'acné sur le visage et un appareil sur les gencives. Lacazette nous racontait en mai son angoisse adolescente : «En deuxième année chez les U16, Je ne joue pas, alors que j'étais surclassé pendant la première année et que j'étais titulaire. Vous savez, chaque année, on se remet en question. On a cette lancinante interrogation en tête : ''Est-ce qu'on va devenir un éternel espoir de Lyon ou alors va-t-on réussir à passer de l'autre côté ?'' Vers 15-16 ans, certains ont la chance de signer des contrats, mais, pour les autres, il y a la crainte, diffuse, durable, de quitter le centre.»

Dans sa promo, Lacazette a vu Yannis Tafer ou Clément Grenier, chouchous des formateurs lyonnais, passer pros avant lui. Alors, huit ans plus tard, après une saison 2014-2015 à 27 réalisations, il ne voit pas son salaire mirifique comme une montagne d’or, mais une juste récompense : il est le dernier survivant d’une génération de Gones pleine d’espoirs. Les enfants prodiges de l’OL connaissent leur valeur. Et les valeurs ? Tolisso se moque de Claudio Beauvue, se frictionne avec Lindsay Rose. Umtiti snobe Mapou Yanga-Mbiwa, compère de la charnière centrale et recrue en perdition. Lacazette peste dans son coin.

Les dauphins de mai se noient quelques mois plus tard (9e au classement de L1). L'insouciance a laissé place à l'inconstance, sous le regard désabusé d'Hubert Fournier, coach démissionné un 24 décembre. Ces gentils mômes qui terminent les séances d'entraînement par une séance de pénos (le perdant paie les croissants ou une fournée de maillots dédicacés) sont-ils devenus subitement des sales gosses ? Ou manquent-ils juste d'un cadre, perdus entre un Fournier à l'autorité surannée, des renforts pas assez légitimes à leurs yeux et un Aulas trop occupé à tweeter ? Ils seront plus costauds demain, mais demain c'est loin, même avec 4,2 millions d'euros sur son compte en banque.

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