Lundi soir, à l'occasion de France-Cameroun (3-2), Grégoire Margotton a assuré pour sa première au micro de TF1. Dans la logique de son transfert. Il est arrivé de Canal + dans la peau de la sommité quasi infaillible - expert ès analyses tout public - pour remplacer Christian Jeanpierre, journaliste estampillé, à tort ou à raison, sympa mais trop maladroit. Une montée en gamme, donc. Mais ce changement est à relativiser. Pas dans la qualité, mais justement dans la manière dont une partie du public appréhende désormais le commentaire sportif.
On n’est plus à l’époque de la voix toute-puissante qui détient le monopole du rythme et de l’analyse, des statistiques et des informations. Le Web a changé la donne : de nombreux téléspectateurs matent désormais une rencontre sur au moins deux écrans. La télé + le smartphone, l’ordinateur ou la tablette, quand ils ne coupent pas carrément le son. Le concurrent s’appelle réseaux sociaux, le repaire d’autres commentateurs sportifs. Celui de consultants stars ou de journalistes plus confidentiels, d’anonymes reconnus pour leur science du foot ou d’inconnus tout court. Parce qu’ils ont des analyses, des statistiques et des idées plus fines, plus décalées ou plus drôles et, surtout, une parole moins cadrée. On y prend vite goût. Le commentateur sportif, bien que personnage central, doit partager avec d’autres. D’autant qu’il arrive que les téléspectateurs connectés viennent aussi mettre leur grain de sel. Sur Facebook, Twitter ou Snapchat, ils lâchent un message, quel que soit le format, en direct, qui peut être repris en cas de belle punchline et susciter une discussion qui devient presque un match en soi.
Il y aura un moyen de savoir si ce remplacement constitue un tournant : en évaluant dans quelle mesure la voix de Grégoire Margotton version TF1 détourne plus ou moins des autres écrans que celle de son prédécesseur.




