Mediapart, qui dégaine depuis vendredi une longue série sur les coulisses financières du football, a trouvé un petit nom à Karim Benzema : «patriote fiscal». Ça fait classe, genre superhéros à la tenue bleu ciel comme une feuille d’imposition, avec un tampon du gouvernement sur les pectoraux. Et ça rajoute un épisode au feuilleton : la racaille qui ne mériterait pas de porter le maillot de l’équipe nationale paye ses impôts en France, quand d’autres se font un plaisir d’enfler l’administration. Résumé des gimmicks sur les réseaux sociaux : «C’est qui le voyou, maintenant ?» - avec le listing des politiques français pas très fair-play avec le fisc. Conclusion : l’investigation est aussi salvatrice que ce pays dans un état flippant. Car dans un bled normal, un canard n’aurait pas besoin d’écrire un article pour parler d’un bonhomme en règle avec le ministère des Finances - à la limite, une brève. De balancer un tweet, pour rappeler que Benzema aurait pu bénéficier d’une jolie ristourne s’il avait choisi de régler ses impôts en Espagne - on ne parle même pas des paradis fiscaux, où Cristiano Ronaldo a planqué 150 millions d’euros en sept ans.
Sauf que nous sommes en France, où une affaire crapuleuse - un chantage à la sextape de Mathieu Valbuena auquel Benzema aurait été mêlé - peut se transformer à une vitesse supersonique en débat identitaire, avec une question plus large en filigrane des éditos, des billets, des talk-shows : est-ce qu'un Français issu des quartiers populaires et d'origine maghrébine peut vraiment aimer la France ? On en est là. Phénomène le plus inquiétant de tous : Manuel Valls, alors Premier ministre (logiquement occupé à nous sortir de la mouise) s'était prononcé contre le retour du joueur en équipe nationale. On se serait quand même bien marré si les Football Leaks étaient tombés juste avant l'Euro de cet été, pour lequel Benzema fut écarté. Gros délire. Imaginez l'attaquant au JT : «OK, je ne chante pas l'hymne national, mais je suis en règle avec le ministère des Finances.» Et Didier Deschamps en conférence de presse : «J'ai sélectionné Benzema. Il marque et surtout, paye ses impôts en France.»




