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En Espagne, «personne ne s’est jamais fié à Neymar»

Le départ de la star, adulée par les supporteurs pour ses fantaisies sur le terrain, est vécu comme une profonde traîtrise.

Neymar le 8 mars, lors du match retour des 8e de finale de la Ligue des champions entre Barcelone et le PSG (6-1). (Photo Dave Winter. Icon Sport)
ParFrançois Musseau
correspondant à Madrid
Publié le 02/08/2017 à 20h36

En 2000, le Portugais Luís Figo, une des icônes du Barça, adulé par les supporteurs, rejoint le Real Madrid, l'ennemi séculaire. Le scandale est majuscule : pour le FC Barcelone et ses 95 000 socios (les petits propriétaires du club), cette félonie est impardonnable ; de fait, encore aujourd'hui, Figo est sifflé lorsqu'il passe par la capitale catalane. Depuis mercredi et la confirmation de son transfert au PSG, Neymar ne vaut pas plus que le Portugais. «Traître», «mercenaire», peut-on lire aux abords du Camp Nou, le stade du club situé dans le nord-ouest de Barcelone. Comme Figo en son temps, Neymar était jusqu'à présent, au même titre que Messi, la coqueluche du public, vénéré pour son talent pur, sa spectaculaire fantaisie, acclamé à chaque prouesse technique.

Mercredi, la presse catalane se faisait une raison en signalant que, de toute façon, la plupart des Brésiliens ayant brillé au sein du club ont eu des départs traumatisants, aigres, polémiques : qu'il s'agisse de Romario, Rivaldo, Ronaldo, Alves et même Ronaldinho… Neymar ne fait pas exception. Dans son cas, le ressentiment serait même plus virulent. A la mesure, signale le quotidien la Vanguardia, des attentes qu'avait suscitées au départ le génial attaquant brésilien. Recruté en 2013 à l'âge de 21 ans en provenance de Santos, «Ney» était la pierre angulaire du Barça que voulait édifier le président Josep Maria Bartomeu après la fin du règne (à moyen terme) de Leo Messi. «Dans un premier temps, souligne le chroniqueur Ramon Besa, il s'agissait de suppléer un milieu de terrain déclinant au profit d'un trio d'attaquant fracassant.» C'est ce qui s'est produit : depuis trois ans, le «trident», baptisé la «MSN» (Messi-Suarez-Neymar), a été le principal facteur des dix titres obtenus, dont une Ligue des champions et deux championnats d'Espagne.

Sauf que, comme le dit le quotidien sportif Sport, le ver était dans le fruit dès l'origine. Les malversations financières occasionnées par le transfert du Brésilien (officiellement pour 60 millions d'euros, mais en réalité, pots-de-vin inclus, pour plus de 100 millions d'euros) ont toujours pesé lourd sur sa réputation du joueur. «Personne ne s'est jamais fié à Neymar, avec raison», poursuit Ramon Besa. Ni les supporteurs ni même ses coéquipiers, fatigués par ses frasques et semi-vérités. Et ce, malgré l'étreinte pleine d'émotion que lui a donnée mercredi son «ami» Leo Messi, le «patron» de l'équipe. Avec son père et son agent, Neymar ne s'est jamais débarrassé du soupçon pesant sur lui et sur son contrat. Malgré tout, le président de la ligue de football professionnel espagnole, Javier Tebas, se dit déterminé à faire échouer ce transfert : «Nous n'accepterons pas l'argent d'un club comme le PSG qui, sans appartenir à la Liga, veut exercer un droit dans notre organisation, et encore plus quand ce club enfreint des règles et des lois.»

Dans l’attente de la fin de ce feuilleton, le club catalan a bloqué devant notaire une prime de 26 millions d’euros promise au joueur. Et dénoncé l’éventuel non-respect du fair-play financier par le PSG. Pour l’honneur. Car à Barcelone, les supporteurs ne retiennent que cette triste fin : annoncé comme un nouveau messie, Neymar fait ses valises dans l’opprobre.

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