C’est un record dont le CIO ne se prive pas de s’enorgueillir : 92 délégations nationales participent aux JO d’hiver 2018. Un chiffre qui, comparé aux 206 comités adhérents au CIO, est assez faible. Et pourtant, pour atteindre ce total, l’organisation olympique a déjà dû procéder à une croissance à marche forcée : jusqu’en 1984, jamais les JO d’hiver n’avaient accueilli plus de 50 pays ; le programme comptait alors 39 épreuves, réparties en 10 disciplines. Depuis, la hausse est exponentielle : 15 disciplines et 102 épreuves en 2018. En une vingtaine d’années, des sports ont vu leur nombre de titres tripler dans des épreuves où le haut niveau se résume parfois à une dizaine de sportifs à l’échelle du globe. Le ski acrobatique et le snowboard, absents des JO avant les années 90, vont offrir dix titres en 2018, presque autant que l’alpin ou le biathlon.
Un Tongien en ski de fond
Pour figurer au programme olympique, un sport est censé être «largement pratiqué à travers le monde», selon les termes du CIO. Dans ses différents critères d'évaluation des sports et disciplines, le comité olympique consacre une large place à leur «universalité». On peut douter du respect de ces critères quand on lit la liste des épreuves à Pyeongchang. La présence des 92 délégations masque très mal la réalité des sports d'hiver, qui ne sont pratiqués que par une poignée de pays au haut niveau.
Pour arriver à ce total, il a fallu gaver en concurrents deux disciplines majeures. Ces quinze prochains jours, 322 athlètes venus de 82 pays différents vont participer aux épreuves de ski alpin ; 313 sportifs issus de 65 nations en ski de fond. Des quotas atteints grâce à des invitations et des qualifications facilitées. Exemple extrême : le Tongien Pita Taufatofua, qui a participé aux Jeux de Rio en taekwondo, disputera à Pyeongchang une épreuve de ski de fond, sport qu’il a découvert il y a trois mois.
Des JO pour pays riches
La réalité du ski alpin comme du ski de fond, dans leur routine hiver après hiver, est plus prosaïque : une dizaine de nations majeures, une dizaine d’autres qui tentent de rivaliser, et rideau. Un constat qui ressurgit de façon spectaculaire si l’on se penche sur le nombre d’athlètes présents dans chacune des délégations. Vingt pays seulement se partagent plus de 80 % des quelque 3 000 sportifs conviés à l’événement. Une liste - Canada, Suisse, Russie, Etats-Unis et Allemagne en tête - aux airs de classement mondial du PIB par habitant.
Les JO d’hiver sont donc avant tout des Jeux de pays riches, plutôt que montagneux (le Royaume-Uni aligne huit fois plus d’athlètes que le Chili), et s’il fallait encore se convaincre de leur non-universalité, il suffit de se pencher sur le tableau des médailles. Il y a quatre ans, à son plus haut historique, il n’avait pourtant distribué de breloques qu’à 26 pays, total que les JO d’été ont toujours dépassé depuis 1920. Car en dépit des efforts du CIO pour multiplier le nombre de nations participantes et d’épreuves à son raout hivernal, seul un pays sur trois ramène au moins une médaille des Jeux d’hiver depuis trente ans. Et c’est moins qu’avant.




