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Mondial

Tunisie : pour les Aigles de Carthage, l’important c’est trois points

Les Tunisiens affrontent ce lundi l’Angleterre sans illusions. Ils auront réussi leur Mondial s’ils remportent un match, a priori contre le Panamá.

La sélection tunisienne à l’entraînement, à Volgograd dimanche. (Photo Ueslei Marcelino. Reuters)
Publié le 17/06/2018 à 20h06

La Tunisie dispute sa cinquième Coupe du monde et son challenge russe se résume, au départ, à une quête modeste : gagner un match, la seule et unique victoire à ce niveau datant d’il y a quarante  ans. Ce jeûne prolongé a développé chez le supporteur tunisien une dentition pointue - chaque fois que le mot «Mondial» apparaît quelque part, son estomac barrit. Pour frissonner, celui-ci se surprend alors à décongeler des images d’archives de 1978 - quand les Aigles de Carthage avaient dominé le Mexique (3-1) et tenu en échec l’Allemagne de l’Ouest (0-0) avec la manière - en écoutant les vieux hommes raconter l’épopée en alexandrins.

Le plan, cette année : embêter l’Angleterre et la Belgique (les deux gros de la poule) et voir où cela mène, puis dévorer le Panamá (le novice) pour rassurer l’amour-propre. La sélection, d’ordinaire détachée (presque hippie) dans les phases de préparation, a bossé dur ce coup-ci. Fin mai, elle a même accroché le Portugal (2-2) et, début juin, résisté jusqu’au bout face à l’Espagne (0-1). Le point d’interrogation : des joueurs cadres de la sélection se sont exilés cette saison en Arabie Saoudite (l’argent facile), championnat paisible où le talent et surtout la condition physique s’allongent sur le dos et regardent le plafond, en attendant le marchand de sable.

Bizarrerie

La Tunisie débarque en Russie avec un onze de départ huilé, mais sans son petit prince, Youssef Msakni (27 ans), gravement blessé au Qatar, où le meneur de jeu gagne grassement sa vie en perdant sportivement son temps - c’est si facile pour lui là-bas. Les bijoux ayant horreur du vide, la couronne fut déposée sur le crâne chauve de Wahbi Khazri, l’attaquant teigneux et adroit du Stade rennais, que le Corse de naissance a porté cette saison sur ses épaules costaudes. Les Aigles de Carthage : un mélange de locaux qui flirtent avec l’Europe (ils en sont revenus, y candidatent ou bien y jouent) et de Franco-Tunisiens (avec un fort accent du Sud pour bon nombre d’entre eux), tous vêtus de maillots rouge et blanc de marque Uhlsport (antifrime) - au vrai, la Tunisie a les attributs d’une solide équipe de Ligue 1.

La bizarrerie : parmi les 23 sélectionnés, aucun avant-centre de métier. Une histoire de blessures au départ, puis de choix du staff technique. Il y avait bien Hamdi Harbaoui (33 ans), meilleur buteur cette saison en Belgique, mais celui-ci reste tricard depuis cinq ans et sa critique à l’endroit des comportements nonchalants au sein de la sélection. Adel Chedli (ex-Sochaux), retraité, a récemment raconté ses expériences ésotériques lors de la Coupe d’Afrique 2012 : en entrant dans une chambre, il s’est aperçu que certains coéquipiers avaient embarqué dans leurs valises une machine à fabriquer des panini.

Démocratie

D’un point de vue contextuel, ce Mondial est une aubaine pour les huiles du football tunisien, lequel est bouffé par une crise globale. Huis-clos, violences, résultats continentaux décevants, entraîneurs et présidents vivant sur des gestions ancestrales : le championnat du cru est lui aussi dans l’attente d’une révolution et à très court terme, d’un récit positif. Ce lundi, les Aigles commencent par l’Angleterre, une ex-copine. En 1998, les deux sélections s’étaient déjà croisées lors du Mondial français. Le match (perdu 2-0) était quasi passé inaperçu, le contexte occupant tout l’espace. A l’époque, des «supporteurs» venus d’outre-Manche avaient mis un boxon monstre à Marseille, ville hôte de la rencontre. S’en était suivie une baston aussi triste que mémorable, mêlant Anglais bourrés et torses nus, Tunisiens surpris, policiers et quidams volontaires.

Et là ? Les Aigles sont dirigés par Nabil Maâloul, quinqua dont la carrière de technicien oscille entre contrats juteux dans le golfe Persique et retours au pays, où il travaille sa cote grâce à une fine communication. Tout lui sourit depuis son embauche il y a un an, de la qualification pour le Mondial à la qualité du football produit. Automatismes, passes courtes, jeu offensif : comme la démocratie, le Tunisien pensait que tout cela n’était plus forcément pour lui. Après la jolie prestation face à l’Espagne, Maâloul était même euphorique. Il s’est mis à évoquer un potentiel quart de finale. Soit un peu plus que les trois points.

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