Peu avant le début du Mondial, alors que ses coéquipiers de l’équipe nationale se préparaient de manière classique, le gardien du Portugal, lui, méditait au cœur de l’Allemagne avec un gourou hindou. Pendant une semaine, Rui Patrício a en effet séjourné au Shree Peetha Nilana, un ashram situé à une soixantaine de kilomètres de Francfort tenu par Sri Swami Vishwananda, un «guide spirituel» d’origine mauricienne très branché, qui publie des livres et possède sa chaîne YouTube. Ce dernier, arrivé en Europe en 1978, a fondé le mouvement Bhakti Marga («Chemin vers la dévotion») qui rassemble des milliers de fidèles et semble convaincre une bonne poignée de personnalités publiques. Une clientèle assez aisée pour dépenser 2 850 euros la semaine dans son centre qui propose yoga, méditations, pratiques de relaxation, ateliers en groupe… Dans la presse portugaise, on peut voir une photo où apparaît le gardien de la Seleção au côté de son «gourou», tout sourire, devant une des vastes pelouses qui bordent les quatre édifices imposants de l’ashram.
Sur son site, le gourou ne promet rien moins que de «trouver la paix et l'amour». Rui Patrício, versé depuis longtemps dans des exercices sur le «pouvoir mental» avait sûrement bien besoin de trouver l'une et l'autre. Comme d'autres joueurs ou cadres de son club de toujours, le Sporting de Lisbonne, il tente de se remettre d'un véritable traumatisme, qui a généré un scandale majuscule au Portugal : à la mi-mai, une cinquantaine de supporteurs cagoulés et déchaînés ont pénétré dans l'enceinte d'Alcochete, les terrains d'entraînement du club lisboète, avant d'agresser les joueurs à grands coups de ceinturons et de barres de fer. Certains footballeurs sont lourdement blessés, une partie de l'encadrement technique aussi. L'entraîneur Jorge Jesus et Rui Patrício n'y échappent pas. Pour ce dernier, c'est le crépuscule d'une époque : le grand (1,90 m) gardien, à la barbe séductrice, ne reconnaît plus le club de sa prime jeunesse, historiquement l'un des trois meilleurs du pays avec Benfica et le FC Porto.
Triste, la rage au ventre, Rui Patrício assiste à la décomposition d'une institution qui a formé des champions tels Paulo Futre, Luís Figo ou Cristiano Ronaldo. Les meilleurs joueurs ont donc décidé de faire leurs valises, dont le gardien titulaire de la sélection nationale, si déterminant lors de la victoire de son pays lors de l'Euro 2016 en France. Le motif de cette inédite attaque ? Tous pointent du doigt le président du club depuis 2013, le très controversé Bruno de Carvalho, qui se définit comme un «populiste très fier de l'être» ; lui-même un ancien «ultra». L'homme se caractérise par un style arrogant et n'hésite pas à insulter les arbitres. Selon le journal Público, il n'aurait pas digéré que le Sporting ne termine que troisième du championnat et soit ainsi privé d'une participation à la lucrative Ligue des champions, qui aurait rapporté au moins 20 millions d'euros au club. Il aurait en conséquence diligenté cette agression pour châtier ses joueurs dont il dénonçait récemment à l'hebdo Expresso «l'hyper protection dont ils bénéficient» et «des salaires sans relation avec leurs performances et la réalité quotidienne».
On peut comprendre que, dans ce contexte hostile, et après l’agression du 15 mai, Rui Patrício ait cherché davantage de sérénité. Il est le premier des Lisboètes à avoir officiellement signé pour un nouveau club, à Wolverhampton, club de Premier League entraîné par le lusophone Nuno Espiríto Santo. Après avoir encaissé trois buts face aux Espagnols lors du premier match, Patricio aura bien besoin de toute sa force mentale et des enseignements de Sri Swami Vishwananda ce mardi contre l’Iran. Petite satisfaction pour lui, samedi, Bruno de Carvalho a démissionné de son poste après que les membres affiliés du Sporting ont voté à 71% pour qu’il s’en aille.




