En 2017, Julien Wanders avait remporté la Corrida de Houilles devant une ribambelle de coureurs africains qui, d’ordinaire, ne laissent que les miettes aux autres dans ce type de courses de fond. A nouveau au départ, ce dimanche, de cette course de 10 kilomètres dans les Yvelines, le Genevois de 22 ans vise un nouveau record. L’année dernière, sa prestation avait marqué les esprits pour deux autres raisons : d’abord, on était pile trente ans après la dernière victoire d’un coureur européen (Paul Arpin en 1987) à la plus célèbre Corrida française de fin d’année. Ensuite, sa performance (de 28’02") généra un couac administratif dû à la double nationalité de Wanders (suisse par son père et français par sa mère).
«Impulsif». Homologué dans un premier temps comme record de France, le résultat fut ensuite rayé des tablettes. Le débat a finalement été tranché par un nouveau règlement de la Fédération française d'athlétisme qui autorise la détention de records de France par les binationaux, même s'ils ne courent pas sous la bannière française à l'international. Un an après, Julien Wanders dit se sentir depuis toujours «plus suisse que français. J'avais pris et j'ai encore une licence dans un club de Savoie pour pouvoir participer aux cross en France, car le niveau est très relevé, mais c'est tout. Dans les compétitions internationales, je porte le maillot de la Suisse depuis toujours».
Pour ce dimanche, le jeune homme a encore relevé ses ambitions : en octobre, sur la même distance, un 10 km sur route à Durban (Afrique du Sud), il a arrêté le chronomètre après 27’32", décrochant le record d’Europe.
La cerise sur le gâteau d'une saison qui avait très bien démarré, dès mars, avec une prestation exceptionnelle sur le semi-marathon de Barcelone où l'athlète, entraîné depuis ses 15 ans au stade de Genève par Marco Jäger, avait couru en 1 h 00' 09", record d'Europe espoir (moins de 23 ans) sur la distance. Entre-temps, il n'a pas trop brillé cet été, sur piste, aux championnats d'Europe de Berlin : «Julien, c'est un coureur très impulsif, il court d'instinct,raconte Marco Jäger à Libération. Cette caractéristique est très intéressante dans les courses sur route, où il a obtenu ses meilleurs résultats pour l'instant, mais sur la piste, ça peut le desservir. J'ai même l'impression que quand il rentre en piste, il perd un peu de cette fantaisie, de cette liberté, pour subir l'allure des autres.»
«Altitude». L'amour de Wanders pour la course l'a poussé à se transférer à Iten, au Kenya, où il vit maintenant huit à neuf mois par an. «Il a vite compris que pour s'améliorer, il devrait aller vivre là où sont les meilleurs. Les bienfaits de l'altitude, d'une vie très simple, qui lui convient bien, unis au fait de s'entraîner avec un groupe de garçons de là-bas qui le poussent dans ses retranchements, tout ça a fait de lui un athlète pro», relate Jäger. Wanders vient de rentrer du Kenya, où il était reparti le lendemain de sa victoire à la Course de l'Escalade, à Genève début décembre : «J'ai commencé à travailler en vue d'un semi-marathon qu'on veut courir en février prochain aux Emirats arabes unis, en essayant de descendre sous l'heure : ça serait top ! Mais avant je viens courir à Houilles car j'aime courir en France, il y a beaucoup de connaisseurs et une belle ambiance .»
Connu pour son physique filiforme (1,75 m pour 56 kg) et sa façon imprévisible de gérer les courses, Julien Wanders a encore à apprendre de ses modèles, les multimédaillés du fond Kenenisa Bekele et Eliud Kipchoge. Mais certains le surnomment déjà «le Kényan blanc».




