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A couper le souffle

29 minutes en apnée : un record discuté mais un exploit qui repousse les limites humaines

La performance du champion croate Vitomir Maricic a été inscrite au Guinness des records mais n’est pas homologuée par les fédérations. La raison : l’oxygène pur qu’il avait préalablement inhalé.

Vitomir Maricic dans la ville croate de Rijeka, le 4 octobre 2025. (Damir Sencar /AFP)
Publié le 05/11/2025 à 22h12

Les limites humaines ont été encore un peu repoussées. Le croate Vitomir Maricic est resté 29 minutes et 3 secondes sans respirer, en apnée statique, le 14 juin 2025. Un exploit gravé au Guinness des records. «Quand je plonge, je me déconnecte complètement, c’est comme si je n’étais plus là», raconte Vitomir Maricic dans un entretien à l’AFP ce mercredi 5 novembre. Pourtant, lors de son exploit, les douleurs et les spasmes l’ont secoué, sous les regards inquiets de son médecin, de ses amis et du jury invité à homologuer l’insensé chrono. «Je me suis déjà lancé un certain nombre de défis… mais celui-ci a été l’un des plus difficiles», a-t-il dit depuis la piscine de Rijeka, sa ville natale sur la côte croate. «J’ai eu du mal mentalement… A peu près à mi-durée, j’ai envisagé de renoncer», retrace l’athlète âgé de 42 ans.

Toutefois, sa prouesse laisse sceptique les apnéistes professionnels : avant de s’immerger et de cesser de respirer pendant près d’une demi-heure, Vitomir Maricic a préalablement inhalé de l’oxygène pur pendant dix minutes, de quoi remplir totalement son sang de molécules d’oxygène. Les sportifs en compétition, eux, respirent de l’air normal, soit 21 % d’oxygène et 78 % d’azote. Avec l’oxygène pur, «on a cinq fois plus de réserve que la normale», a expliqué le quadruple champion du monde d’apnée Guillaume Néry auprès de France TV. «Ça devient plus une démonstration, un show, un spectacle, qu’une réelle performance sportive», estime-t-il.

Ainsi, les fédérations internationales n’ont pas reconnu la performance de Vitomir Maricic. Avec un air normal, le record du monde d’apnée statique est détenu par le français Stéphane Mifsud, qui a tenu 11 minutes et 35 secondes en 2009.

Champ totalement inexploré par la médecine

Dans la communauté des apnéistes, Maricic est une personnalité controversée. En 2024, la CMAS - l’une des deux principales fédérations d’apnée avec l’AIDA dont il dirige la branche croate - l’a banni de toutes compétitions pendant six mois après la découverte dans sa valise de produits connus pour leurs propriétés d’amélioration des performances lors de son séjour au Vertical Blue, l’un des rassemblements les plus célèbres de la discipline aux Bahamas. Le Croate, qui n’a jamais été contrôlé positif lors d’un test antidopage, a nié tout acte de tricherie.

Malgré tout, l’ami et pneumologue de Vitomir Maricic n’était pas sûr qu’il soit humainement possible de tenir si longtemps et reste impressionné par la performance et ce qu’elle dit des capacités du corps humain. «C’est un champ totalement inexploré par la médecine moderne, qui ouvre de nouvelles perspectives, peut-être même certaines qui pourraient un jour aider nos patients», suggère le médecin.

Vitomir Maricic n’est pas sorti indemne sur le plan physique, avec une brève hémorragie intestinale et un énorme mal de tête. Mais l’apnéiste prépare déjà son prochain défi : plonger à plus de 160 mètres de profondeur, lesté. Le record est actuellement détenu par le Russe Alexey Molchanov, descendu à 156 m. «Chaque fois que je pense avoir poussé mon corps au-delà de ses limites, une opportunité apparaît», explique-t-il.

Celui qui a grandi au bord de la mer, à Rijeka, n’a pas 4 ans quand il découvre le plaisir de nager sous l’eau pendant des heures. C’est à sa trentaine qu’il se lance dans la compétition. Entre-temps, il fait de la gym, de l’alpinisme, est diplômé de science informatique… et passe quelque temps dans un cirque en Nouvelle-Zélande, où une grave blessure le pousse à se remettre à la plongée et à embrasser le calme. «Le simple fait d’aller sous l’eau déclenche une série de processus physiologiques qui vous plongent directement dans une zone mentale particulière. On n’a pas d’autre choix que de concentrer son attention sur une seule chose : où on est et ce qu’on fait», assure-t-il.

Les heures qu’il passe au fond de la mer ont aussi fait de lui le témoin des changements «horribles» subis par l’Adriatique de son enfance. De quoi devenir un fervent défenseur de la protection des océans et un ambassadeur de l’ONG Sea Shepherd. «Si nous ne protégeons pas la biodiversité et si nous ne sensibilisons pas à ce sujet […] nous faisons face à un avenir bien sombre. Et pas dans cinquante ou cent ans, mais dans les dix prochaines années.»

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