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Et de 16 médailles

«Au fond de moi, y’avait plus personne» : les Bleus coiffent la Norvège au terme d’un relais d’anthologie au biathlon

Jamais consacrés aux Jeux dans cette épreuve, les Bleus emmenés par Emilien Jacquelin et Eric Perrot ont apporté une seizième médaille record à l’équipe de France ce mardi. Après une bataille épique face aux Norvégiens et aux Suédois.

Le Français Perrot, le Suédois Samuelsson et le Norvégien Christiansen disputent l’épreuve du relais de biathlon masculin lors des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, le 17 février 2026. (Odd Andersen/AFP)

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La confrontation avait démarré la veille, à l’hôtel partagé entre la France et la Norvège. Un bon vieux tournoi de Fifa organisé dans l’une des piaules tricolores. Aux manettes : Eric Perrot et Fabien Claude (sous les couleurs d’Arsenal) contre Isak Frey et Vetle Christiansen (Liverpool). Les deux délégations ont chacune leur étage, mais se retrouvent souvent à l’heure du dîner, ou un peu après pour jouer. Les gamers français l’ont facilement emporté.

Mardi, à Antholz-Anterselva, Eric Perrot a rejoué contre Christiansen. Ce n’était pas du foot et c’était pour de vrai. Un «1v1» pour l’or du relais. Christiansen a mieux tiré, mais Perrot l’a emporté. C’était du biathlon et à ce jeu-là, les Français ont fait redescendre d’un palier les champions olympiques et du monde en titre. C’était le «boss de fin» : jamais l’équipe masculine française n’avait pris l’or aux Jeux. Il s’agit de la seizième médaille des Bleus sur ces Jeux 2026 (premier record), la neuvième des biathlètes (deuxième record). Et il reste à ces derniers trois courses à disputer.

Munition gâchée

Comme à l’hôtel, les deux pays ont commencé ensemble, côte à côte. Jusqu’à la première salve de tir debout, où Fabien Claude est apparu bien moins à l’aise qu’à la Playstation. Le seul à être allé visiter l’anneau de pénalité, quand Martin Uldal faisait mouche à chaque cartouche. Cinquante secondes de retard, avec les trois meilleurs Norvégiens encore à passer. La France semblait partie pour jouer le podium. Et puis Claude a filé les clés à Emilien Jacquelin.

L’Isérois s’est alors métamorphosé en Mathis Desloges, son pote de club et nouvelle star française du ski de fond. Il est arrivé sur le pas de tir quand Johan-Olav Botn armait. Il est reparti quand Botn hésitait encore à presser la détente. La statistique est à peine croyable : 46 secondes reprises en cinq balles, 1′06 sur le relais total. Sturla Laegreid a donc renfilé sa combinaison de bourreau de la quinzaine, profitant d’une inhabituelle munition gâchée par Quentin Fillon Maillet debout pour ramener la Norvège à hauteur et l’intrigue là où tout le monde voulait qu’elle soit.

«Cachet d’aspirine»

Le grand final s’est d’abord fait à trois et toute l’auberge était conviée. Les Suédois logent dans le même chalet et voulaient eux aussi leur part. Les grands coups de bâtons du champion olympique de la poursuite Martin Ponsiluoma se sont chargés de le rappeler.

Perrot, Christiansen, Samuelsson : un western spaghetti revisité sous les flocons. Très vite, un duel à distance, avec Christiansen lancé aux trousses de Perrot. Il ne le reverra jamais. Le plus Norvégien des Français – il a la double nationalité via sa mère Tone Marit Oftedal, ancienne championne du monde junior –, celui qui fait office de trait d’union entre les deux délégations, a pioché une balle sur son dernier tir avant de conclure.

La victoire, il a tout de même fallu «l’emmener jusqu’à la ligne». A en frôler l’évanouissement, assure Fillon Maillet, qui est lui devenu l’athlète français le plus titré des Jeux d’hiver (huit médailles) : «Il a vu noir.» Et fini tout blanc, «comme un cachet d’aspirine», a opiné le coach Simon Fourcade, les paupières mouillées. «J’essaye de simuler le fait que je profite et que je gère, mais au fond de moi, y’avait plus personne», avouera Perrot plus tard, moins pâle.

Rivalité sans excès

Mais très claqué, peut-être un peu trop pour pouvoir faire perdurer le petit rituel de la quinzaine. Une tradition chaque soir de course à l’hôtel. Ça a commencé après la première victoire en solo du Nordique Johan-Olav Botn. Eric Perrot, son dauphin, s’était joint aux festivités. Botn avait servi un verre de consolation à l’argenté. Ils ont trinqué sur la terrasse avec le médaillé de bronze, Laegreid.

La scène prête à sourire lorsqu’on sait que, trois jours plus tard, le même Perrot a dit, à propos du même Laegreid : «On verra s’il parle autant après le relais.» Entre ces deux séquences, une passe d’armes entre le Norvégien et Emilien Jacquelin. Le premier, sous couvert d’humour, avait lancé une pique au second, après l’avoir devancé de deux dixièmes à l’arrivée. «Il s’est arrêté saluer le public ?» Jacquelin : «Je vais le niquer dimanche.» Il avait deux jours d’avance.

L’affaire s’était dégonflée entre les deux à l’hôtel. Elle racontait quelque chose. Une animosité contenue. Une rivalité sans excès. Du chambrage bienvenu, dira même Christiansen. Juste ce qu’il fallait pour chauffer les Français. On ignore si c’était avant ou après la partie de Fifa, mais lundi soir, Eric Perrot s’est fendu d’un discours auprès de ses coéquipiers. Il ne s’est pas attardé dessus. Les seuls termes évoqués, «cœur» et «crocs», étaient bellicistes.

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