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Bilan français aux JO d’hiver 2026 : avec le biathlon, une performance au-delà des espérances

Sur les 23 médailles tricolores à Milan-Cortina, plus de 50% ont été décrochées par les biathlètes. Une édition réussie d’un point de vue collectif malgré quelques déceptions, notamment en ski alpin, en snowboard, ou encore au patinage.

Julia Simon et Océane Michelon avec l'équipe de France après leur victoire à la mass start de biathlon à Antholz-Anterselva, le 21 février. (Franck Fife/AFP)
Publié le 22/02/2026 à 20h36

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A quoi reconnaît-on des olympiades réussies, du côté des athlètes ? A la taille du sourire affiché par le président de fédération de ski, après une énième course réussie. Fabien Saguez avait l’allure d’un homme soulagé lors de sa venue en fin de semaine à Anterselva, lieu de compétition du biathlon. Lui comme le reste des membres de l’instance peuvent remercier chacun des athlètes de la délégation tant la discipline a une fois de plus, et c’était attendu, sauvé l’Hexagone.

La grande pourvoyeuse de médailles a plus que rempli sa fonction sur la quinzaine. Au point qu’il nous traverse qu’heureusement que le biathlon français n’a pas de velléités sécessionnistes, car avec ses six médailles d’or, ses quatre en argent et ses trois en bronze, il représente plus de 50 % du total des breloques décrochées par l’équipe de France version 2026 depuis le 6 février. A elle seule, la discipline fait mieux que la France des Jeux 2018 de Pyeongchang, qui détenait jusqu’ici le bilan record sur une édition avec 15 médailles, mais seulement cinq en or.

La moisson est d’autant plus exceptionnelle qu’elle a été accomplie malgré les deux chefs de file, Lou Jeanmonnot et Eric Perrot, en deçà de leurs standards lors des courses individuelles. Au final, la délégation bleue (162 athlètes) obtient avec 23 médailles la sixième place au tableau général des médailles – (ultra)dominé par la Norvège (41) et clos par la Belgique. Et a fortiori un nouveau bilan record. Une performance d’autant plus bienvenue dans la perspective de la prochaine olympiade hivernale, qui aura lieu en France en 2030.

Déception en slalom

Côté ski alpin, il y a plutôt matière à blues. Les podiums sont trustés comme d’habitude par les armadas suisse, autrichienne et italienne. Ce n’est que grâce à l’argent de la Haute-Savoyarde Romane Miradoli en Super G, que les Bleus s’évitent un fiasco. Il est vrai qu’on ne pouvait pas s’attendre à beaucoup plus du groupe féminin, qui peine à se renouveler au plus haut niveau. Aucune Française n’était revenue médaillée des JO d’hiver depuis Salt Lake City en 2002 et le titre en descente de Carole Montillet. Et depuis la retraite sportive de la double championne du monde du slalom géant Tessa Worley, après la saison 2022-2023, il manque une locomotive qui ouvre le chemin de tous les possibles. Puisse la médaille décrochée à Cortina par l’expérimentée Miradoli (31 ans) avoir un effet d’entraînement.

Côté hommes, la grande déception vient du slalom, où les forces bleues sont réputées ascendantes, dopées à une saine émulation. Clément Noël entendait retrouver le podium après sa médaille d’or à Pékin en 2022, mais il enfourche quelques secondes après son entame de la deuxième manche, ce qu’a fait Paco Rassat dès la première, Steven Amiez prenant pour sa part 4 secondes dans la vue d’emblée sur ce tracé vicieux. Versant vitesse, Nils Allègre passe pour trois misérables centièmes à côté du podium du Super G, à se dire que quand ça ne veut pas... C’est l’invité, le ski-alpinisme, qui permet à la France de ne pas repartir fanny de la Stelvio, en cochant les trois métaux – argent et bronze pour Harrop et Anselmet en individuel, or pour les deux en relais mixte.

A Livigno, le ski acrobatique et le snowboard tricolores ont aussi fait pâlotte figure. Le bronze de Perrine Laffont en bosses et du tandem Léa Casta-Loan Bozzolo en snowboardcross ne compense pas un bilan bien en deçà des attentes – cinq à six podiums étaient espérés.

L’absence de Tess Ledeux, star du big air toujours pas remise d’une grosse commotion cérébrale, a pesé lourd. Mais «un seul être vous manque et tout est dépeuplé» ne tient pas pour un bilan de groupe, et si les conditions ont pu être épinglées, comme la piste dédiée au cross, qui aurait desservi les Français car trop lente et pas assez technique, avec pour conséquence de donner une importance démesurée au phénomène de l’aspiration, les intéressés reconnaissent eux-mêmes qu’elles sont les mêmes pour tout le monde… Une montée en puissance et en adaptabilité apparaît globalement nécessaire et urgente pour faire mieux en 2030. Mais ces disciplines exigent des infrastructures spécifiques, souvent coûteuses : à voir si elles obtiendront le coup de pouce nécessaire.

Force mentale hors normes

Si la France était un grand et solide pays de sports de glace, ça se saurait, CQFD. Sans surprise, c’est du côté de Milan que les Bleus enregistrent leurs plus grosses déconvenues. La délégation tricolore peut, certes, se targuer, en patinage artistique, de l’or en danse sur glace. Décroché par Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron, il permet d’éviter un zéro pointé. Comme en 2022, quand Cizeron officiait avec Gabriella Papadakis.

Le fait que le tandem se soit formé il y a à peine un an accentue la performance. Le triomphe est néanmoins lesté d’un parfum de chaos. Fournier Beaudry s’est associée à Cizeron en raison de la suspension de son ex-partenaire et compagnon, accusé de violences sexuelles. Cizeron est accusé d’emprise par Papadakis. Qu’ils aient résisté à la pression ambiante atteste une force mentale hors normes.

Adam Siao Him Fa a pour sa part craqué sous l’enjeu, raté complètement son programme long après avoir brillé dans le court – comme l’archifavori, l’Américain Ilia Malinin, et sa mécanique flamboyante soudain spectaculairement déréglée. Nouveau patron du patinage de vitesse français, Timothy Loubineaud passe aussi à côté de ces JO. Mais ils sont des promesses pour 2030. Aucune divine surprise (du type Mathis Desloges et ses trois médailles d’argent au ski de fond) n’est venue des autres disciplines, comme le hockey, encore trop loin du compte et qui ne devraient pas être opérantes dans quatre ans dans les Alpes françaises.

A propos : le biathlon français devrait reçevoir logiquement encore plus de moyens de la part de l’Agence nationale du sport en vue de ces Jeux à domicile. Les investissements (en encadrement, en infrastructures, en matériel…) sont notoirement un facteur décisif dans l’obtention de résultats, à court, moyen et long termes. Ce sera aussi le cas pour les autres disciplines, y compris les moins méritantes, mais dans quelles proportions ?

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