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Prise de tête

«C’est le prix de notre dignité» : l’Ukrainien Vladislav Heraskevych disqualifié des JO pour ne pas avoir voulu renoncer à son casque mémoriel

Le skeletoneur, qui voulait porter un casque honorant plusieurs coéquipiers tués par la Russie depuis le début de la guerre en 2022, a été exclu ce jeudi 12 février des épreuves des JO-2026 de Milan Cortina. Le CIO estime ne pas avoir eu le choix pour préserver la neutralité olympique.

Vladislav Heraskevych à Cortina d'Ampezzo, jeudi 12 février. (Athit Perawongmetha/REUTERS)
Publié le 12/02/2026 à 10h27

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Finalement le Comité international olympique (CIO) a tranché, quitte à s’offrir ce qui sera sans doute la plus grosse polémique des Jeux de Milan-Cortina. Le skeletoneur ukrainien Vladislav Heraskevych, qui voulait porter un casque honorant plusieurs compatriotes tués par la Russie depuis le début de la guerre, a été exclu de la compétition olympique ce jeudi 12 février au matin, quelques heures avant le début des qualifications. «Je suis disqualifié de la course. Je ne vivrai pas mon moment olympique», a-t-il déclaré. «C’est le prix de notre dignité», a-t-il par ailleurs écrit sur son compte Instagram.

Le skeletoneur a été informé de sa disqualification après une réunion avec la présidente du CIO, Kirsty Coventry, tôt dans la matinée sur le site de glisse de Cortina d’Ampezzo. Son équipe a déclaré qu’elle ferait appel de cette décision devant le tribunal arbitral du sport.

L’affaire a éclaté lundi 9 février, lorsque Vladislav Heraskevych s’est pointé au premier entraînement officiel de skeleton avec un casque customisé. Rien d’extraordinaire de prime abord : la personnalisation de cette pièce d’équipement est monnaie courante dans la discipline. Le casque est très visible puisque les athlètes de cette discipline s’élancent la tête la première sur une luge ventrale. Ce qui est moins habituel, c’est le choix d’Heraskevych d’en faire un outil mémoriel.

Transiger avec les principes olympiques

Sur son casque gris figurent en effet les portraits du patineur artistique Dmytro Sharpar, du biathlète Yevhen Malyshev, de l’haltérophile Alina Perehudova, du boxeur Pavlo Ishchenko, du hockeyeur Oleksiy Loginov, de l’acteur et athlète Ivan Kononenko, de la plongeuse Mykyta Kozubenko, du tireur Oleksii Habarov ou encore de la danseuse Daria Kurdel. Tous ces sportifs ont été tués par l’armée russe depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Certains d’entre eux étaient des amis intimes du skeletoneur.

Mais pour le CIO, il s’agit d’une infraction à l’article 50 de la charte olympique. Elle prévoit qu’«aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique». Et ce pour que «tous les athlètes puissent se concentrer sur leur performance», a précisé devant la presse mardi Mark Adams, le porte-parole de l’instance olympique. A la place, le CIO a proposé à Vladislav Heraskevych de porter un simple brassard noir, sans inscription. Une sorte de commémoration dépolitisée, qui permettrait de ne pas transiger avec les principes olympiques. L’athlète a refusé.

«Je pense vraiment que si nous sommes ici aujourd’hui, si nous pouvons apprécier le sport, apprécier les Jeux olympiques, c’est aussi grâce à leur sacrifice. Je crois qu’ils devraient être ici aujourd’hui avec moi», avait argumenté Heraskevych en conférence de presse mardi soir. Celui qui est aussi le porte-drapeau de son pays pour ces Jeux d’hiver a dit son «sentiment que le CIO trahit des athlètes qui ont fait partie du mouvement olympique en ne leur permettant pas d’être honorés là où ils ne pourront plus jamais se produire». Il a sans surprise reçu le soutien du président ukrainien Volodymyr Zelensky, pour qui le casque d’Heraskevych «rappelle au monde le prix de notre lutte. Cette vérité ne peut être gênante, inappropriée ou qualifiée de “manifestation politique lors d’un événement sportif”

La présidente du CIO fait part de son «émotion»

Dans un communiqué ce jeudi matin, le CIO confirme que l’Ukrainien n’a pas été autorisé à prendre part aux épreuves «pour avoir refusé d’accepter les règles du CIO en matière d’expression des athlètes». «Ce matin, à son arrivée sur le site de compétition, M. Heraskevych a rencontré la présidente du CIO Kirsty Coventry, qui lui a expliqué une dernière fois, la position du CIO. Comme lors des réunions précédentes, il a refusé de changer de position, a argué l’instance olympique dans son long texte explicatif. Le CIO a décidé en conséquence, avec regret, de lui retirer son accréditation pour les JO-2026. Malgré de nombreux échanges et discussions en personne avec M. Heraskevych […], il n’a pas voulu faire de compromis.»

«Je n’étais pas censée être ici, mais j’ai pensé qu’il était vraiment important de venir lui parler en face-à-face», a déclaré Kirsty Coventry aux journalistes. «Personne, et moi encore moins, ne conteste le message, c’est un message fort, c’est un message de souvenir, de mémoire. Le défi consistait à trouver une solution pour le terrain de jeu. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à trouver cette solution, a-t-elle ajouté, la gorge serrée. Je voulais vraiment le voir courir, cette matinée a été très émouvante.» Outre le brassard noir, le CIO lui a proposé de présenter son casque avant le départ et après l’arrivée de la course de ce jeudi. Une proposition qui n’a pas suffi à convaincre le sportif.

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