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Avec la prise de contrôle du FC Lorient par un groupe américain, les clubs détenus en multipropriété sont majoritaires en Ligue 1

Le club breton a annoncé ce mercredi 28 janvier qu’il passait sous le contrôle total d’un fonds d’investissement américain. Ses supporteurs craignent qu’il y perde son âme.

La mascotte du FC Lorient l'ors d'un match contre Lille. (Loic Venance/AFP)
Publié le 28/01/2026 à 17h53

Et encore un club français de foot qui passe sous le régime critiqué de la multipropriété, qui voit des investisseurs (étrangers) détenir plusieurs équipes dans plusieurs pays. C’est aujourd’hui le tour du FC Lorient (Ligue 1). Le club breton a annoncé mercredi que le fonds d’investissement américain Black Knight Football Club, qui possédait déjà 40 % de son capital, avait racheté les parts de son président Loïc Féry pour en prendre le contrôle total. Arrivé début 2023 au capital des Merlus, «Black Knight Football Club (BKFC) devient l’actionnaire unique du club», explique Lorient dans son communiqué.

Fin novembre, Loïc Féry, propriétaire et président du club morbihannais depuis 2009, avait annoncé son intention de céder ses parts (60 %) au groupe dirigé par l’Américain Bill Foley, déjà propriétaire du club anglais de Bournemouth et, depuis juin, des Portugais de Moreirense. Comme il l’avait aussi laissé entendre à l’époque, il «conserve ses fonctions de président du club […] et devient également actionnaire de BKFC».

Hostilité des supporteurs

Féry tente de rassurer les supporters, méfiants, voire franchement hostiles, à ce passage sous pavillon américain. Particulièrement l’année ou leur club fête ses 100 ans. «Cette nouvelle phase de développement s’inscrira dans la continuité, avec une volonté partagée de cultiver l’esprit Merlus». «Dans un environnement footballistique de plus en plus compétitif» et marqué par la chute spectaculaire des droits de retransmission, être absorbé par BKFC doit offrir au FC Lorient «une solidité financière et des ressources stratégiques», plaide encore le club.

Avec cette annonce les clubs détenus en multipropriété sont désormais majoritaires en L1 (10 sur 18). Lorient rejoint Angers, Lens, Lyon, Metz, Monaco, Nice, le PSG, Strasbourg et Toulouse. Ce régime, qui s’est accéléré dans les années 2010, est très contesté notamment par les supporteurs. On lui reproche d’accentuer la financiarisation du foot, d’être contraire à l’équité sportive (si deux équipes possédées par le même investisseur se rencontrent), de vassaliser les petits clubs s’ils sont dans la même écurie qu’un autre plus riche et plus bankable…

Grogne à Strasbourg

Aujourd’hui, «le football devient un actif comme un autre» pour certains groupes, analysait le 19 janvier sur libération.fr, Luc Arrondel, économiste au CNRS spécialisé dans le football. «C’est surprenant, car le football n’était pas une activité profitable jusqu’à présent. A voir si ces nouveaux investisseurs arriveront à en tirer profit. Certains voient également les multipropriétés comme le seul moyen de concurrencer les clubs Etats [le PSG avec le Qatar par exemple, ndlr], qui bénéficient de financements presque illimités de fonds souverains, ce qui nuit à la compétitivité», poursuivait-il.

Récemment, les supporters du RC Strasbourg se sont mobilisés pour protester contre la multipropriété. Propriétaire de Chelsea depuis 2022, le consortium BlueCo a racheté le Racing en juin 2023. Malgré les promesses initiales, les actionnaires du club anglais n’ont pas hésité à se servir au Racing, notamment quand il fallu remplacer leur entraîneur. «Aujourd’hui, le Racing ne joue plus pour lui-même ni pour les Alsaciens, mais pour servir les intérêts d’un obscur fonds d’investissement, se désolait un supporter auprès de Libération. On se retrouve avec une équipe à laquelle on s’identifie de moins en moins et pour laquelle aucune décision n’est prise à Strasbourg. C’est une caricature de tous les effets négatifs de la multipropriété : quand l’équipe A a des problèmes, on va piocher dans l’équipe B.»

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