Pieds et fesses trempés. Depuis une heure du matin, il pleut à Dakar, où la dernière goutte d’eau tombe généralement en octobre. Même les «freestylers», ces artistes en rollers censés divertir le public avant le coup d’envoi du match Sénégal-Mali de la 35e Coupe d’Afrique des Nations (CAN), peinent à adhérer au bitume, au pied du Monument de la renaissance africaine. Dans cette fan-zone du quartier résidentiel de Ouakam, les supporteurs des Lions du Sénégal bravent le froid, massés sur quelque 200 marches. Puis se lèvent comme un seul homme quand retentit l’hymne sénégalais depuis le stade Ibn Battuta de Tanger. Droits, solennels, main sur le cœur.
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Le Sénégal, deuxième nation africaine selon le classement Fifa et futur adversaire des Bleus au Mondial 2026, part favori dans ce derby. A son actif à la CAN, 9 quarts de finale (c’est sa 10e), 4 demi-finales, 3 finales et un titre, en 2022. Le «pays frère» malien, lui, «n’a gagné aucun match dans le temps réglementaire depuis le début de la Coupe, mais les joueurs ont montré qu’ils étaient conquérants. Ils résistent, ils attaquent, ils sont engagés. C’est vraiment pas un match facile», analyse Iliman. Fumeur discret, il porte un bonnet de laine recouvert d’une serviette de toilette. Devant lui, deux enfants en claquettes et short grelottent.
Supériorité numérique
A chaque action des Lions, le public décolle du sol. A la moindre possession de Sadio Mané, double Ballon d’or africain, les cris fusent. Les Aigles du Mali eux, n’ont droit qu’à des «hééé» craintifs lors de leurs avancées dans la surface sénégalaise. 48e minute : l’attaquant sénégalais Iliman Ndiaye, joueur d’Everton, profite d’une erreur de l’explosif rempart malien Djigui Diarra pour marquer le premier but. La sono de la fan-zone prend le contrôle et envoie un morceau de mbalax, genre très populaire au Sénégal.
«Ça reste, on n’a pas bien joué encore !», rouspète Viviane durant la deuxième mi-temps, alors que les Lions sont en supériorité numérique, après l’expulsion du Malien Yves Bissouma. Ses longues tresses recouvrent la poitrine de son jeune époux, El-Hadj, qui l’enlace. Habituellement, au crépuscule, ce mordu de foot s’entraîne à la plage. Dribble, s’étire, court, comme des milliers d’autres Dakarois. Il reprend, provocateur : «On est frères et sœurs avec les Maliens, mais leur entraîneur [Tom Saintfiet] a dit que ce serait la guerre. Donc nous, on veut la guerre.»
Las, les Lions n’ont pas tant déplumé les Aigles. Sur fond de fraternité persistante ? Le Mali, qui s’est distancié du Sénégal en formant avec le Burkina Faso et le Niger, deux autres pays dirigés par des juntes militaires, l’Alliance des Etats du Sahel, a fait récemment l’expérience des liens séculaires avec son voisin. Au plus fort de la pénurie de carburant imposée à Bamako par les groupes jihadistes à l’automne 2025, Dakar a doublé ses exportations de produits pétroliers. Bon joueur. Première équipe de la CAN qualifiée pour les demi-finales, Les Lions affronteront le vainqueur du quart entre l’Égypte et la Côte d’Ivoire.




