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Fans du Maccabi Tel-Aviv privés de match à Birmingham : une hallucination de l’IA derrière «les erreurs» de la police

L’information de heurts lors d’un match de foot imaginaire inventé par l’IA de Microsoft aurait mené la police de Birmingham à interdire de déplacement les supporteurs du club israélien le 6 novembre. Le départ du chef de la police locale, sur la sellette depuis plusieurs semaines, a été annoncé ce vendredi.

Des manifestants cernés par des policiers à l'extérieur de Villa Park, à Birmingham, lors de la rencontre entre le Maccabi Tel-Aviv et Aston Villa, le 6 novembre. (Hannah McKay/Reuters)
Publié le 16/01/2026 à 16h28, mis à jour le 16/01/2026 à 18h24

L’affaire se passe outre-Manche et a tapissé les unes des journaux anglais pendant des semaines à l’automne. Le 6 novembre, Aston Villa affronte lors d’un match de Ligue Europa l’équipe israélienne du Maccabi Tel-Aviv, une rencontre à l’intérêt sportif très limité au vu de pedigree des deux clubs (à l’heure actuelle, le club anglais est positionné à la 3e place du classement tandis que le Maccabi végète à la 34e et avant-dernière). Résultat final : 2-0 pour les locaux.

Bien avant la rencontre, dès le mois d’octobre, la décision des autorités locales de Birmingham - s’appuyant sur les recommandations de la police -, d’interdire de stade les supporters du club israélien en invoquant des raisons de sécurité, avait été vivement critiquée, notamment par le Premier ministre britannique Keir Starmer et le gouvernement israélien. Les forces de l’ordre jugeaient la rencontre à «haut risque», se fondant «sur des informations récentes et sur de précédents incidents», dont les affrontements qui s’étaient déroulés en 2024 en Ligue Europa au cours du match entre l’Ajax Amsterdam et le Maccabi.

Le gouvernement travailliste avait alors demandé un rapport indépendant et depuis, le chef de cette force de police des West Midlands, Craig Guildford, était sur la sellette. L’affaire avait été récupérée par toute la classe politique du Royaume-Uni, et notamment l’extrême droite, l’activiste islamophobe et anti-immigration Tommy Robinson, grand ami d’Elon Musk et leader des émeutes racistes qui ont agité le pays début août, revêtant sur une photo publiée sur les réseaux sociaux un maillot du Maccabi avec en légende : «Qui vient soutenir le Maccabi Tel-Aviv à Villa Park le 6 novembre ?»

Des informations «exagérées» ou «tout simplement fausses»

La décision d’interdire le déplacement des fans du club israélien n’est pas inédite. Régulièrement, des rencontres européennes font l’objet de telles mesures par les forces de sécurité locales, seules à pouvoir prendre ce type de décision : les supporteurs de l’Ajax Amsterdam ont été interdits de se rendre à Marseille fin septembre, comme ceux de l’Eintracht Francfort à Naples quelques semaines plus tard.

Le rapport commandé par le gouvernement a été rendu public mercredi. Ses conclusions sont «accablantes», a déclaré la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood devant la Chambre des Communes, ajoutant que Craig Guildford n’avait «plus [sa] confiance». Selon la ministre, «la police a exagéré la menace constituée par les supporteurs du Maccabi Tel Aviv, tout en relativisant le risque encouru par les supporteurs israéliens s’ils se rendaient» à Birmingham pour le match, a dénoncé Shabana Mahmood, en présentant les conclusions du rapport. «Plutôt que de s’appuyer sur des preuves, la police n’a recherché que les éléments qui soutenaient sa position», en faveur d’une interdiction de stade des supporters du Maccabi, a-t-elle poursuivi.

La police de Birmingham avait évoqué des éléments fournis par la police néerlandaise pour étayer ses conclusions. Cependant, le rapport d’enquête conclut que les informations sur le comportement des supporters israéliens à Amsterdam citées par la police britannique étaient «soit exagérées, soit tout simplement fausses».

«Hallucination» de l’IA

La police des West Midlands a, dans un communiqué diffusé mercredi, admis que des «erreurs» avaient été commises mais assuré qu’elles n’étaient «pas intentionnelles». La pression s’était accrue ces dernières semaines sur cette force de police qui, dans un rapport, avait notamment fait état d’un match entre le club anglais de West Ham et le Maccabi Tel Aviv alors que cette rencontre n’avait jamais eu lieu. Interrogé à ce sujet par des députés, Craig Guildford avait tout d’abord affirmé que l’erreur venait d’une recherche effectuée sur Google et que son équipe n’avait pas utilisé l’intelligence artificielle dans ses recherches. Avant, dans une lettre adressée mercredi matin aux députés, de rétropédaler et de reconnaître que cette information erronée provenait d’une recherche réalisée sur Copilot, l’assistant IA de Microsoft.

En somme, une «hallucination» de l’IA - une information totalement inventée par l’intelligence artificielle - qui n’a pas ensuite été vérifiée. Interrogé par the Verge à propos de cette affaire, Microsoft a renvoyé la faute à la police britannique : «Copilot combine des informations provenant de plusieurs sources sur le web en une seule réponse avec des liens. Il informe les utilisateurs qu’ils interagissent avec un système d’IA et les encourage à les examiner.»

Ce vendredi soir, le commissaire élu chargé de superviser la police locale, a annoncé la retraite de Craig Guildford, 52 ans, «avec effet immédiat», a annoncé Simon Foster, le commissaire élu chargé de superviser cette police locale, devant le siège de la police à Birmingham (centre de l’Angleterre). «En démissionnant, Craig Guildford a pris la bonne décision», a réagi Shabana Mahmood, y voyant «une première étape cruciale vers le rétablissement de la confiance dans les forces de l’ordre parmi toutes les communautés qu’elles servent».

Mis à jour : à 17h50 avec l’annonce de la démission du chef de la police locale.
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