Il neige sur Strasbourg. Une neige discrète mais continue, qui blanchit les trottoirs pendant que, sur l’écran, la Coupe d’Afrique des nations (CAN) se joue sous un ciel éclatant. Algérie-Nigeria à Marrakech, un quart de finale pour défier le Maroc en demie. Le contraste est immédiat en poussant la porte du Géant. A l’intérieur, il fait chaud. Les voix se superposent, les chaises ont été rapprochées, on se frôle. Ici, on ne regarde pas le match, on le partage.
La pizzeria, tenue par Ali Kouhail, Algérien, accueille des habitués, des familles, et aussi les jeunes joueuses U15 d’Illkirch-Graffenstaden, que le restaurant sponsorise. Pour l’occasion, le patron a investi : abonnement à BeIN Sports, éclairage derrière la télévision. «Pour suivre l’Algérie sans coupure», glisse-t-il en passant entre les tables. Dans la salle, l’espoir est encore intact. Les encouragements montent vite, couvrent parfois les commentaires télé. On applaudit chaque projection, chaque avancée sur le terrain des Fennecs. Même le cuisinier sort de sa cuisine. Ali Kouhail relativise : «On a le droit d’être en difficulté.»
Ambiance chaleureuse et familiale
Très vite pourtant, ça râle. Dans l’après-midi, la Confédération africaine de football a changé l’arbitre initialement désigné. Un Sénégalais, Issa Sy, a été nommé en urgence. Rien de formel à lui reprocher, mais ici, chaque décision est scrutée. A la 15e minute, une faute non sifflée déclenche des protestations. «C’est toujours pareil», lâche un supporteur. La neige tombe dehors, la tension monte dedans.
On rappelle l’enjeu : en cas de victoire, l’Algérie retrouverait le Maroc en demi-finale, une affiche pas vue depuis 2004. Un grand moment, dit-on. Dans la salle, Algériens et Marocains se mélangent. L’ambiance est chaleureuse, familiale. On encourage plus qu’on ne juge.
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A la reprise, le jeu se délite. Luca Zidane, aux cages, doit aller chercher deux fois le ballon au fond des filets. Les mots changent de ton. «Il ne faut pas mettre le ballon comme ça», souffle Samir (prénom d’emprunt). Une tablée se lève, sort prendre l’air. «Ce n’est pas mature», tranche Karim. Et cette phrase, qui tombe sans vraiment convaincre : «Ils ont été payés ou quoi ?» Personne ne sait très bien si ça vise les joueurs ou l’arbitrage.
A la 61e minute, une échauffourée, des cartons jaunes. A la 72e, la salle s’agace : «L’arbitre abuse.» La confusion gagne. A la 85e, Khalid se lève. «Non, je ne veux pas voir ça», dit-il en quittant la pizzeria. Un autre lâche, amer : «Go Maroc.» «Allez, la soirée est foutue.»
«Le Nigeria, ils sont favoris»
Score final : 0 – 2. Autour des tables, les analyses s’enchaînent. «Le Nigeria a très bien joué», reconnaît Nabil. «Ils ont la technique, la possession. Ils sont favoris.» Dans la défaite, un geste retient l’attention. Les supporteurs algériens félicitent ceux du Maroc. «Il faudra plus d’une soirée pour s’en remettre», glisse Yassine. Le contraste est brutal avec les victoires précédentes, célébrées très fort, très longtemps. Ce soir, le silence pèse.
Le Géant se vide lentement. Dehors, Strasbourg est toujours sous la neige. L’Algérie quitte la CAN sur un rendez-vous manqué. «L’équipe sera plus mature sur les prochains matchs, et puis on va avoir la Coupe du monde», souligne Ali Kouhail, résolument positif.




