Le tribunal des prud’hommes de Paris aura sifflé la fin de la récréation : un écart de plus de 700 millions d’euros entre les réclamations des uns et des autres, les 263 millions demandés par les avocats de Kylian Mbappé et les 440 millions sollicités par les conseils du Paris-Saint-Germain. Mardi 16 décembre, le club de la capitale a été condamné à verser près de 61 millions au joueur. Soit les 55 millions de salaires et de primes non versés à l’attaquant international, plus 6 millions de congés payés, correspondant à la période où Mbappé a évolué sous le maillot parisien sans toucher un sou entre avril 2024 et juin 2024. Les quatre derniers mois de son bail au PSG, le capitaine des Bleus signant dans la foulée au Real Madrid sans que le club espagnol ne s’acquitte d’une indemnité de transfert, puisque le joueur était arrivé au bout de son contrat.
Les avocats de Mbappé se sont félicités de la décision du tribunal par communiqué : «Ce jugement confirme que les engagements pris doivent être respectés. Il rétablit une vérité simple : même dans l’industrie du football professionnel, le droit du travail s’impose à tous. M. Mbappé a quant à lui scrupuleusement respecté ses obligations sportives et contractuelles pendant sept ans et jusqu’au dernier jour. Il a tout tenté pour éviter un contentieux, allant jusqu’à retirer une plainte pour harcèlement dans un souci d’apaisement. Au total, cela fait plus de dix-huit mois qu’il demandait le paiement de ses salaires et primes.»
Une semi-victoire
Les juges n’ont cependant pas, de beaucoup s’en faut, suivi toutes les demandes du joueur. Pas trace des 37,5 millions d’euros réclamés pour harcèlement moral, Mbappé ayant été brièvement mis à l’écart du groupe professionnel en août 2023 parce qu’il refusait de prolonger son contrat avec le club parisien au-delà de juin 2024 avant de subir, une fois son intention de partir à Madrid formalisée à la direction parisienne en février 2024, des mises à l’écart ou des remplacements rapides en cours de match sous le prétexte de «préparer l’avenir», un élément de langage imaginé par la direction parisienne pour se couvrir juridiquement.
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Il n’aura pas plus obtenu la requalification de son CDD en CDI, ce qui aurait pu lui donner droit à des indemnités de requalification ainsi qu’à celles liées à un licenciement sans cause : les juges ont simplement suivi l’arrêt de la Cour de cassation du 19 décembre 2018, validant le recours à un contrat à durée déterminée d’usage pour un joueur de football professionnel. Si le jugement rendu n’est donc qu’une semi-victoire pour les défenseurs du joueur, il n’en est pas moins une lourde défaite pour le club parisien, qui s’est vu débouté de toutes ses demandes.
Fantasmagorie juridique
Du reste bien fantaisistes, entre les 180 millions demandés au joueur «pour atteinte à la loyauté des négociations contractuelles» (Mbappé ne se serait pas décidé dans un timing correspondant aux desiderata parisiens) et cette même somme réclamée au titre de «perte de chance de réaliser le transfert», ce qui revient à interdire aux joueurs d’aller au bout de leur contrat sous peine de sanction financière, une véritable fantasmagorie juridique. Cachant mal le véritable but poursuivi par Nasser al-Khelaïfi, le président parisien : multiplier les procédures pour accoler une image ingrate et vénale au joueur, une stratégie qui aura porté auprès des fans du club parisien, histoire de lui faire payer à la fois son départ et des attitudes jugées négatives lors de la fin de son bail parisien.
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Au regard du droit, l’issue de l’affaire ne faisait cependant de doute pour personne. Pour autant, on n’en a peut-être pas terminé puisque le jugement rendu mardi est susceptible d’appel. Le conseil des prud’hommes a cependant assorti sa décision de l’exécution provisoire : le Paris-SG doit payer immédiatement. Et communiquer le jugement sur son site internet, dans toutes les langues où celui-ci est décliné. Les conclusions du tribunal des prud’hommes de Paris auront donc les honneurs d’une traduction en malais indonésien. Ça n’arrive pas tous les jours quand même.




