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A l’issue d’un match dantesque, le Sénégal remporte la Coupe d’Afrique des nations 2025

Les Lions de la Teranga ont battu le Maroc 1-0 après prolongation et décrochent ainsi leur deuxième CAN.

Les joueurs sénégalais et marocains, lors de la finale de la Coupe d'Afrique des nations, à Rabat, le 18 janvier 2026. (Mosa'ab Elshamy/AP)
Publié le 18/01/2026 à 23h02, mis à jour le 18/01/2026 à 23h42

Et de deux. Le Sénégal a remporté ce dimanche 18 janvier la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, contre le Maroc, pays hôte. La deuxième de son histoire après le sacre de 2022. Sous une pluie battante, et dans un stade refroidi, au bout d’un match au scénario dantesque. Mohammed VI, absent pour raisons de santé, n’aura donc rien raté, puisque les Lions de l’Atlas ne remportent pas «leur» CAN, qui leur tendait pourtant les bras. C’est son frère, le prince Moulay Rachid, qui a remis le trophée aux vainqueurs du soir, devant des tribunes clairsemées. Exception faite des près de 3 000 supporteurs sénégalais, dont beaucoup auront maille à partir avec les autorités locales une fois sortis du stade.

Rembobinons. Tout commence pourtant bien : 18 h 30, extinction des lumières. Au centre d’une rosace rouge, verte et blanche, une quinzaine de danseurs et danseuses se lancent dans une chorégraphie. Pyrotechnie, chalumeaux et spots directionnels s’alternent sur fond de pop et de musique marocaine. Une estrade a été installée pour accueillir les artistes. L’acteur britannico-sierra-léonais Idris Elba fait son entrée, remercie le Maroc pour son organisation. «Vous n’étiez pas seulement un hôte, vous étiez un cœur battant. Vous nous avez montré l’hospitalité», déclare-t-il, devant le stade encore en train de se remplir. Avant de laisser la place à Lartiste, Jaylann et Angélique Kidjo, qui interprètent Africallez, l’hymne officiel de la compétition. Les spectateurs allument les lampes de leurs smartphones. L’ambiance est bon enfant.

«C’est notre maillon faible»

La cérémonie de clôture prend fin, place au jeu. Ce sont les Sénégalais qui allument la première mèche, avec une tête de Pape Gueye sur corner à la 5e minute. Tout le stade retient son souffle : il faut un certain temps aux Marocains pour mettre en place leur pressing. Infatigables à la récupération, Saibari et El Aynaoui portent le Maroc dans le premier acte. Ils multiplient les combinaisons avec Ezzalzouli. L’ailier virevolte dans son couloir, et insiste sur Antoine Mendy. En difficulté, le défenseur sénégalais a dû remplacer au pied levé Krépin Diatta, blessé à l’échauffement. «C’est notre maillon faible», fait remarquer un journaliste sportif sénégalais en tribune. A la mi-temps pourtant, ce sont bien les Lions de la Teranga qui mènent au nombre d’occasions franches.

Le deuxième acte reprend avec la même intensité qu’en première mi-temps. Les équipes se rendent coup pour coup, mais le chrono tourne et le score reste vierge. A la 66e, une blessure de l’attaquant marocain Neil El Aynaoui après un choc avec El Hadji Malick Diouf interrompt le jeu pendant près de dix minutes. Après cette pause, les deux équipes sont empruntées, et le jeu perd en intensité. A mesure que le coup de sifflet final approche, les verts se réveillent.

Envahissement de terrain

Malgré des assauts répétés sur les buts marocains, le Sénégal ne parvient pas à faire la différence. 89e minute : un numéro d’Ibrahim Mbaye dans la surface pousse Yassine Bounou à la parade. Une minute plus tard Seck, de la tête, trouve le montant. Un Sénégalais à l’affût pousse le ballon au fond des filets, mais l’arbitre a sifflé une faute, pour une légère bousculade. C’est au tour des locaux de partir à l’assaut du but adverse. Les esprits s’échauffent. L’équipe marocaine réclame une faute dans la surface. Après tergiversations, l’arbitre de la rencontre, Jean-Jacques Ndala Ngambo, fait appel à la VAR, et finit par accorder un penalty aux locaux. Nous sommes au bout du temps additionnel.

Enragés que l’arbitre n’ait pas fait appel à l’assistance vidéo sur leur but annulé quelques minutes plus tôt, les supporteurs sénégalais tentent un envahissement de terrain. Des chaises sont cassées, un stadier, touché, est évacué. Les joueurs, eux ont quitté le terrain. Les forces de l’ordre sont forcées d’intervenir. Près d’un quart d’heure s’est écoulé, avant que les deux équipes ne réapparaissent, pour que le pénalty de la discorde soit enfin tiré. C’est Brahim Diaz, le meilleur buteur de la compétition (5 réalisations) qui s’en charge. Sa panenka ratée finit dans les gants d’Edouard Mendy sans difficultés. Les deux équipes iront en prolongations.

Au bout du suspense

Le match a repris depuis quelques minutes, lorsque Pape Gueye, sur une contre-attaque, trompe Bounou d’une frappe du gauche pour enfin ouvrir le score. Dans un silence de cathédrale. Les supporteurs sénégalais, enfin retournés dans les tribunes, exultent. Les Marocains se lancent à l’assaut des buts sénégalais. Enchaînent les frappes et les actions dangereuses, sans jamais cadrer. Sur quelques contres fulgurants, le Sénégal menace plusieurs fois d’en planter un deuxième. L’attaquant marocain Igamane sort sur blessure au début de la deuxième période de la prolongation, alors que les Lions de l’Atlas ont effectué tous leurs changements. Ils finiront la rencontre à 10. Et ne parviendront jamais à inverser la tendance.

A la sortie du stade Moulay Abdallah, les supporters marocains ne s’attardent pas. Chacun enroulé dans un drapeau du Maroc, et trempés de la tête aux pieds, Kherdine et Zaccharia, la vingtaine, accélèrent le pas pour aller se mettre au sec. Les deux Franco-Marocains n’ont pas la tête à prolonger la soirée. «Vu le scénario du match, le résultat n’est pas volé», concède l’un. «Bounou a été contraint de faire beaucoup de parades», complète l’autre. Ils regrettent les débordements des supporters sénégalais, qui ont «gâché la soirée», et espèrent qu’une nouvelle occasion se représentera avant cinquante ans. La dernière victoire du Maroc en CAN remonte à 1976. «Une finale, ça se gagne, et le Sénégal a été meilleur, lancent-ils, fair-play. Bravo à eux.»

Polémique

La bataille avait déjà commencé en dehors des terrains. Vingt-quatre heures avant le début du match, la Fédération sénégalaise de football (FSF), mécontente du traitement réservé à son équipe, a dégainé un communiqué cinglant, dénonçant «plusieurs dysfonctionnements», notamment «l’absence manifeste de dispositif de sécurité adéquat lors de l’arrivée de la délégation sénégalaise à la gare ferroviaire de Rabat». Les Lions de la Teranga, dont le camp de base était situé à Tanger, ont été contraints de fendre la foule en arrivant dans la capitale samedi 17.

La FSF a aussi refusé que son équipe s’entraîne au complexe sportif Mohammed-VI, du fait que «ces installations constituent le camp de base de l’équipe adverse, ce qui soulève un problème d’équité sportive.» Dernier sujet de discorde : le nombre de places attribuées par la CAF aux supporteurs sénégalais. La Confédération africaine de football avait réservé un total de 2 880 places pour les trois groupes de supporteurs sénégalais. Trop peu pour la FSF, au regard de la capacité de 70 000 places du stade. A la fin, ce sont bien eux qui dansaient.

Mis à jour lundi à 1h30 avec l’ajout de réactions de supporters marocains.

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