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JO d’hiver 2026 : au sommet du ski-alpinisme, Emily Harrop sur la piste d’une médaille olympique

La Savoyarde, qui a commencé par le ski alpin et règne désormais sur sa discipline, est une adepte du dépassement de soi. Elle est en lice pour le sprint ce jeudi 19 février à Bormio, avant de s’aligner sur le relais samedi.

Emily Harrop après sa victoire au sprint lors de la Coupe du monde de ski-alpinisme de Bormio, en Italie, le 22 février 2025. (Antonio Calanni/AP)
Publié le 19/02/2026 à 6h17

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S’il fallait choisir quatre adjectifs pour Emily Harrop ? L’entraîneur de l’équipe de France de ski-alpinisme, Léo Viret, se prête à l’exercice. «Je dirais généreuse dans l’effort, souriante, énergique, polyvalente.» Souriante et énergique, on perçoit bien ça, à l’occasion de deux points presse avant les Jeux, dont un mardi 17 février, alors que les Bleus du «ski-alpi» viennent de prendre leurs quartiers dans un hôtel de Bormio, en Italie. On a essayé d’avoir la championne en entretien en amont des JO mais sa préparation excluait le parasitage médiatique. Et, de fait, on comprend.

Comme Thibault Anselmet côté hommes, Emily Harrop est, sur le papier, synonyme de médaille olympique française au bas de la Stelvio, les 19 et 21 février. Qui serait une première pour les deux athlètes, la discipline n’ayant encore jamais été présente aux Jeux d’hiver. A 28 ans, la Savoyarde licenciée à Courchevel domine sa discipline à un point vertigineux, qui suppose effectivement qu’elle soit au minimum dure au mal et tout terrain. Depuis 2022, elle tient les manettes de la Coupe du monde, avec à la clé quatre gros globes de cristal (récompensant la lauréate du classement général), quatre petits globes du sprint (le classement de la spécialité), un globe de l’individuel et un globe de la verticale, soit les épreuves emblématiques du ski-alpinisme.

C’est bien simple, on ne voit pas qui pourrait battre Harrop au sprint, où elle affiche un carton plein, sept victoires en sept courses lors de la saison 2024-2025, dont l’épreuve «test-event» de Bormio, là même où elle va entrer en lice ce jeudi 19 février avant de faire tandem avec Thibault Anselmet pour le relais, samedi.

Sur des skis dès 18 mois

«Tout va bien, disait-elle, enjouée, mardi. L’arrivée s’est bien passée, on a été très bien accueillis, on a skié, tout est en train de se mettre en place.» A commencer par la piste, qu’elle juge «dans les standards en termes de pente, un peu moins technique dans la descente». On traduit : bien exigeante à la montée, qui se fait les skis sur le dos, sans mouvement sophistiqué ensuite, donc tout le monde peut s’y retrouver. Un tracé plus complexe l’aurait sans doute avantagée : Emily Harrop vient du ski alpin, pratiqué de 15 à 19 ans sur le circuit international avec une spécialisation en descente, avant que des blessures l’en écartent.

Tout part, comme souvent, d’un biotope favorable : des parents (britanniques installés dans les Alpes) fondus de sport, qui mettent leur fille aînée sur les skis dès ses 18 mois, à Bourg-Saint-Maurice en Savoie – «Je suis née avec des fixations aux pieds et deux bâtons dans les mains» dit-elle sur son site digne de la star qu’elle est, qui peut se prévaloir de partenariats avec de grandes marques. Son père la décrit dotée d’emblée d’une endurance hors du commun.

Les JO, une façon «d’ouvrir une porte»

Une fois la carrière en alpin remisée, le ski-alpinisme ne s’est pas imposé ipso facto comme l’alternative révélatrice, pointe Grande Voix, le bulletin d’information de la Fédération française de la montagne et de l’escalade. La Franco-britannique fait d’abord un break étudiant à Londres, court des marathons. Le déclic vient lors d’une randonnée en famille, à proximité de la Pierra Menta. Voir passer la course mythique qui a lieu chaque année en mars à Arêches-Beaufort lui inspire cette réflexion contradictoire et repoussoir pour le commun des mortels : «Ce sport m’a semblé si dur mais tout le monde paraissait y prendre du plaisir.»

Faut-il être maso pour faire du ski-alpinisme à haut niveau ? Au vu de la combinaison de performances à réunir – cardio, explosivité, endurance, technicité, stratégie –, c’est plausible. Emily Harrop fait, elle, l’éloge d’«un sport hyper complet» qui exige «tout ce [qu’elle] aime, le dépassement de soi que [lui] ont transmis [ses] parents et nécessaire à la montée, et l’adrénaline de la descente». A quoi s’ajoute le sentiment de liberté : «Je peux vraiment aller où je veux.» Des vidéos d’entraînement la montrent seule au milieu des montagnes, façon pionnière de voies insoupçonnées. Harrop voit dans cette première olympique du ski-alpinisme, «une façon d’ouvrir une porte et de faire passer le message qu’il y a, derrière ces deux épreuves [sprint et relais, les plus courtes et télévisuelles de la discipline, ndlr], tout un monde».

Chemin

On lui trouve des airs de Kate Winslet, elle loue l’équipe de France où «on est tous bienveillants bien que notre sport soit avant tout individuel», le sourire permanent achève un profil de chouette fille d’à côté. Mais la routine que «l’alpi-queen» décrit est (évidemment) celle d’une Formule 1, qui fait peu d’arrêts au stand. En 2024, au festival Femmes en montagne, elle détaillait : «On va avoir des périodes où l’on fait plus de volume, d’autres périodes où l’on fait plus du qualitatif, de l’intensité. Les grosses semaines, ça va être vingt-cinq heures et sinon, ça va être autour de quinze heures. Là-dedans, on intègre deux-trois séances avec du qualitatif et du renforcement musculaire. Et puis après, le trail, le vélo, le ski-roues [sur la route] et puis le ski.»

La promise à l’Olympe ne relativise d’ailleurs pas la difficulté à le gravir, ne joue pas les surfemmes. «Le ski-alpi, c’est très dur physiquement, surtout à la montée où il faut défier la gravité.» Le sprint ? «Quatre manches de trois minutes dans une journée, ça peut être épuisant physiquement en mentalement.» Le relais ? «Il faut savoir gérer la course, on est tous à la limite d’exploser, or il faut rester lucide, réussir à calmer son cœur à 185 battements par minute pour réaliser un enchaînement de gestes très précis, un peu comme le tir à la carabine en biathlon.»

Et il y a la pression, forcément là quand on a le statut de patronne-favorite, et on perçoit aussi une frémissante chez le rouleau compresseur Harrop. Mais «le chemin» mis en place par le staff de l’équipe de France et que les Bleus citent souvent, devrait aider. Une approche de la performance qui veut que toute course, y compris les Jeux, constitue une étape constructive dans le parcours de l’athlète et non une finalité tétanisante. «Il s’agit d’abord d’accompagner des hommes et des femmes, avant même les athlètes, souligne l’entraîneur Léo Viret. Les JO, quoi qu’il arrive, ça va nous faire grandir.» Emily Harrop a déjà tout d’une immense, ça promet.

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