Des 73 premiers athlètes tricolores qui seront aux JO de Milan Cortina d’Ampezzo en février 2026, et dont les noms ont été dévoilés par le CNOSF ce mardi 23 décembre, ceux de l’équipe de France de biathlon ont été particulièrement scrutés.
Parce que c’est le sport d’hiver-roi en France, celui qui doit permettre de ramener le plus grand nombre de médailles aux Jeux italiens, programmés du 6 au 22 février. Parce que c’est la discipline où le niveau est le plus homogène, avec une très grosse densité. Les décisions les plus complexes à prendre étaient notamment chez les femmes. L’hiver dernier, sept Françaises étaient montées sur un podium.
Dimanche, après l’étape du Grand-Bornand, l’entraîneur du groupe féminin, Cyril Burdet, avait esquissé le portrait-robot de l’équipe idéale. A savoir : «Des filles d’expérience qui ont déjà fait leur preuve sur des grands championnats et puis des filles d’avenir qui auront leur carte à jouer.»
Sans casse-tête
Aucune mention, dans les paramètres cités, d’un quelconque critère concernant la vie en commun du groupe. Laissant supposer que Julia Simon serait définitivement du voyage en Italie, malgré son mois de suspension, conséquence d’une condamnation pour vol et fraude à la carte bancaire au préjudice notamment de sa coéquipière Justine Braisaz-Bouchet. La skieuse des Saisies n’a pas traîné pour se rapprocher de son vrai niveau, avec une 4e place lors de la poursuite au «Grand Bo’», malgré un manque de rythme évident sur les deux premières étapes.
Sanction
Son nom figure bien dans la liste déroulée par le Comité olympique français. C’est un risque assumé pris par le staff, qui veut croire que «l’affaire Simon» ne rejaillira pas sur les performances des Bleues. Les résultats entrevus depuis son retour à Hochfilzen en Autriche, et l’accueil enthousiaste réservé par le public en Savoie les ont confortés dans leur décision.
Et tant pis si le vivre ensemble en prend un coup. La semaine passée, après son premier succès en Autriche, Lou Jeanmonnot avait fait part de son amertume devant les caméras de la chaîne l’Equipe concernant l’ambiance chez les Bleues : «C’est lourd, ce n’est pas comme ça que j’aurais voulu vivre ma carrière en équipe de France A. J’aurais aimé que ce soit comme quand j’étais cadette, que j’aille à l’entraînement avec des copines, et heureuse d’y aller. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Mais on a appris à faire avec», avait soupiré la patronne du circuit.
Face au casse-tête, le staff ne s’est pas embêté. On a regardé le tableau du début de la Coupe du monde, et on a pris les quatre mieux classés. Chez les femmes comme chez les hommes. Point final.
Seul le nom de Camille Bened peut faire tiquer, pour ceux qui auraient loupé le début d’exercice 2025-2026. Très peu connue jusqu’ici au-delà des initiés, la Française, 25 ans, a parfaitement su saisir l’opportunité que lui a donnée l’encadrement dès la première étape à Ostersund (Suède). Pas la plus rapide sur les skis, elle est en revanche d’une précision chirurgicale sur le pas de tir. «Jusqu’à présent, la densité lui avait fermé un petit peu les portes. C’est aussi très agréable de voir que quand elles s’ouvrent, Camille sait saisir les opportunités. C’est aussi un message à l’ensemble de la filière», a rappelé le même Cyril Burdet.
Pour le reste, outre Jeanmonnot, dont la montée en gamme au Grand Bornand (une victoire, deux 2e place) rassure, on retrouve Justine Braisaz-Bouchet. «JBB» (29 ans) a montré qu’elle répondait présente dans les grands rendez-vous, comme le prouve son titre olympique dans la mass-start en 2022 ou sa 3e place dans la même discipline au Grand-Bornand dimanche.
Présente aussi, Océane Michelon, meilleure jeune l’hiver dernier (5e mondiale), malgré un début de saison en dent de scie. L’actuelle 12e du général a d’abord confirmé toutes les attentes en montant sur la boîte en Suède lors de la première étape de la coupe du monde. Puis la vice-championne du monde de la mass-start 2025 a subi la discipline et la rigueur qu’elle s’impose au quotidien avec cinq places au-delà du top 10, elle qui reconnaît être «extrêmement perfectionniste».
Deux tickets restants chez les hommes
Chez les hommes, pas davantage de stupéfaction en consultant les noms du quatuor en vue des épreuves individuelles. L’actuel leader du classement général Eric Perrot est là. Le quintuple médaillé olympique de Pékin, Quentin Fillon Maillet, pourra défendre ses couronnes tandis qu’Emilien Jacquelin, auteur d’excellentes premières semaines, ponctuées par une deuxième place lors de la poursuite du Grand Bornand le week-end dernier, obtient également un strapontin. L’autre quota revient à Fabien Claude, 26 ans, qui verra ses seconds JO après ceux de 2022. Le licencié de Basse-sur-le-Rupt avait contribué à rapporter l’argent en relais.
Le Vosgien profite de la méforme de la concurrence directe, à l’instar d’Antonin Guigonnat ou d’Oscar Lombardot. Le premier cité, rétrogradé en IBU Cup (la deuxième division) en milieu d’hiver dernier après plusieurs performances décevantes, reste irrégulier.
Le second, 25 ans, vivote en IBU Cup depuis le début de sa carrière. Hormis quelques incursions sur le circuit principal, il n’avait jamais pu réellement faire ses preuves au plus haut échelon. Or ses trois podiums à l’étage du dessous en novembre lui ont valu d’être sélectionné à Hochfilzen et au Grand-Bornand. Sur la mauvaise neige française, ses 20e et surtout 13e places à l’issue de la mass-start dimanche lui ont fait marquer de précieux points. «Il s’affirme comme le cinquième homme de la délégation pour cette saison», estimait dimanche Simon Fourcade, entraîneur des messieurs et frère de champion, au micro de Nordic Magazine.
Sachant qu’il reste encore deux quotas à distribuer chez les hommes, ces deux-là devraient a priori être appelés plus tard, lors de l’annonce de la liste définitive.
Jeanne Richard, ex-6e mondiale en pleine dégringolade
En revanche, il reste seulement une petite place chez les femmes. Là, c’est moins sûr pour savoir qui de Jeanne Richard, Paula Botet ou Gilonne Guigonnat s’en emparera. La hiérarchie en place l’année dernière paraissait claire : la sélection de Jeanne Richard, alors 6e mondiale, était une affaire entendue.
Et puis, la biathlète de 23 ans a été accusée d’avoir trafiqué la carabine d’Océane Michelon, à Pokljuka, alors que les deux espoirs étaient à la lutte pour le dossard bleu de meilleure jeune. Le cas a été réglé en interne, selon les concernées. Mais depuis, Jeanne Richard peine à récidiver ses performances sur les pistes. Elle s’est même retrouvée remplaçante lors de l’étape en France, exceptée la mass-start, où elle est passée à côté (23e sur 30).
La deadline est programmée au 25 janvier, date à laquelle le comité de sélection olympique devra avoir donné sa liste définitive au CIO. D’ici-là, deux autres listes seront diffusées pour compléter le processus de sélection, les 19 et 23 janvier. Elles seront notamment composées des athlètes de ski alpin, ski acrobatique, snowboard et ski de fond.




