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C’est un post TikTok hilarant, d’une certaine Seyna. Face caméra, la jeune femme commence : «Les athlètes des JO d’hiver, est-ce que vous allez bien ? Parce que je me dis, c’est peut-être des gens qui ont une santé mentale un peu défaillante, et ils veulent partir avec panache. Je regarde les vidéos, et à part le ski de fond, je suis comme ça [elle se cache les yeux, ndlr], je me dis, c’est pas possible, il va clamser !» Et de citer des exemples, saut à ski, bobsleigh (sans volant ni frein), backflip au patinage artistique…
Seyna a raison. Elle dit la sidération, souvent émerveillée mais aussi angoissée, qui peut saisir le spectateur de certaines disciplines des JO d’hiver. Qui n’a pas flippé pour les descendeurs, notamment la «speed queen» américaine Lindsey Vonn crashée sur la Tofane le 8 février ? Sachant que l’usage des drones dans les retransmissions télé permet de s’y croire, de ressentir les vitesses de dingue, de voler avec les sauteurs à ski, de s’envoler dans le half pipe ou le big air.
On se souvient d’un soir, au snowpark de Livigno, où on assistait au début de la finale du snowboard half pipe, où la légende américaine Chloe Kim venait chercher un troisième titre consécutif. Soudain, l’une des concurrentes, la Sud-Coréenne Gaon Choi, 17 ans, a chuté lourdement lors d’une réception, sur la tête. Elle est restée quelques instants inerte, qui ont paru être une éternité, dans un silence de plomb. Mais, alors qu’un brancard s’était approché, la snowboardeuse s’était relevée. Et elle a fini par remporter le titre, devant Kim, grâce à un run d’anthologie. Non sans qu’on se demande si le fait qu’elle continue la compétition était bien raisonnable, et comment elle avait pu immédiatement se remettre en piste. Les athlètes de disciplines aussi périlleuses seraient-ils étanches à la peur, l’adrénaline aurait-elle un effet d’antidote ?
Non, la peur existe bien, disent les athlètes comme l’encadrement. Directeur du ski alpin à la Fédération française de ski, Didier Chastan pointe d’ailleurs qu’elle est multiple : «Celle de la vitesse, de la blessure, mais aussi celle de la pression, de la performance…» En revanche, si «c’est humain d’avoir peur en prenant des risques», l’intéressé doit aimer ce qu’il fait (par exemple la vitesse pour un descendeur), «sinon il va se retrouver confronté à un blocage pour en accepter les risques». Et si cette disposition «peut se développer», il y a une part d’inné, «qui peut s’identifier chez les plus jeunes». Encore faut-il avoir les pistes adaptées, dédiées et sécurisées, qui permettent d’accompagner l’appétence.
Prendre des risques, ça s’apprend et ça se travaille, nous dit également Fabien Bertrand, ex-champion de bosses et directeur du ski freestyle à la Fédération française. Entretien, alors que deux Bleus, Mathias Roche et Timothé Sivignon, participent à la finale du ski big air ce mercredi soir à Livigno.
Le ski freestyle, c’est spectaculaire, ça a l’air cool, mais certaines disciplines semblent dangereuses, avec leurs figures aériennes en big air ou half pipe. Comment gère-t-on l’appréhension ?
Ces disciplines ne sont pas plus dangereuses que certaines du ski alpin. Nous, on n’a pas de morts… Concernant l’appréhension, l’expérience est décisive. Et personne ne se jette du haut d’un tremplin du jour au lendemain, on procède progressivement. Au début, on va sauter une petite bosse, d’un mètre, et au fil des années cette bosse va faire 5 mètres, puis 8, puis 10, etc. La confiance vient elle aussi progressivement. Idem pour les figures acrobatiques. Pour s’entraîner, on utilise aussi le trampoline, des «water jumps» où on atterrit dans l’eau, ou encore des airbags inclinés pour le slopestyle [parcours qui comprend plusieurs modules, bosses et rails] et le big air [figures effectuées à partir d’un tremplin], qui font moins mal si vous vous vautrez.
Quid des techniques de préparation mentale ?
Comme dans bien d’autres sports, on recourt à la visualisation, qui consiste à se voir en train d’effectuer les figures, avec les différents mouvements techniques à produire en l’air. Après, chacun a sa manière de se préparer mentalement.
On se dit que les figures tête en bas sont particulièrement compliquées ?
Pas forcément. Pas plus que de faire des trois-six [tour complet], ou des hélicoptères [un 360 degrés qu’on effectue en croisant les skis comme les pales des hélices] en restant vertical, par exemple, des figures où on peut vite perdre l’équilibre. Et là aussi, c’est une question d’habitude et d’expérience : un gymnase ou un trampoliniste se met tellement la tête en bas plusieurs fois par jour que ça devient une habitude, et ils savent exactement où ils sont, s’il faut ralentir, accélérer ou faire d’autres choses. Après, certains clubs vont un peu trop vite, n’attendent pas assez qu’un saut soit parfaitement maîtrisé avant d’en faire faire un autre. Ça, on n’aime pas mais ça arrive.
Les skieurs freestyle sont-ils équipés d’un airbag, comme les skieurs alpins ?
Non. Certains ont des protections dorsales mais l’airbag n’est pas vraiment adapté au freestyle. L’airbag, en alpin, fonctionne avec un boîtier qui contient des algorithmes, et le déclenchement se fait à des moments précis, quand le corps se met à la verticale par exemple. Mais dans nos disciplines, le corps part dans tous les sens. La seule possibilité serait que le coach déclenche l’airbag à distance, en jugeant que la personne est en danger… Et est-ce que ça présenterait un réel intérêt ? En slopestyle ou en big air, la réception est très raide, elle fait minimum 37 degrés, donc hormis si elle se pose directement sur la tête, la personne va toucher et glisser, donc il y a une sorte d’amorti, ce n’est pas comme si on s’éclatait sur du plat.
On a en tête l’exemple de Tess Ledeux, absente de ces JO suite à une grosse commotion cérébrale…
Oui, ça arrive les commotions cérébrales, quoique pas régulièrement, heureusement. Le problème, c’est que ce n’est pas la première qu’elle subit, Tess, donc elle fait de plus en plus de tests, et reprendre prend de plus en plus de temps. Comme les tests ne sont pas encore bons à 100 %, il ne faut pas prendre de risques.
La neige artificielle est réputée être plus dure que la neige naturelle, change-t-elle la donne en cas de chute ?
Oui, elle est plus dure parce qu’elle contient plus d’eau, donc elle est plus compacte. Mais la neige trop souple pose aussi des problèmes, crée par exemple des trous dans la réception, ce qui peut être plus dangereux. Idéalement, il faut qu’elle soit un mix des deux.




