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Reportage

«Les meilleurs athlètes du monde s’entraînent ici» : au Canada, l’Académie de glace forme le gratin du patin

L’Académie de glace de Montréal a entraîné plus de la moitié des couples de danseurs sur glace présents aux Jeux olympiques de Milan-Cortina. Le fruit d’un encadrement exigeant.

Le couple de patineurs Jamie Fournier et Everest Zhu s’entraîne à l’Académie de glace de Montréal. (David Himbert/Libération)
Par
Emma Guerrero Dufour
photo David Himbert
Publié aujourd'hui à 16h16

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Un air de funk réchauffe l’atmosphère de l’aréna du centre Gadbois, une patinoire publique située dans un ancien quartier ouvrier de Montréal. L’entraîneuse Elise Hamel, cheveux blonds courts et veste matelassée ornée d’une feuille d’érable, a choisi cette musique rythmée. «C’est plus motivant comme ça !» lance-t-elle, tout sourire. Après quarante-cinq ans de métier, elle se dit toujours heureuse de guider des patineurs artistiques vers leur plein potentiel. A l’Académie de glace de Montréal, cela signifie : vers les podiums olympiques.

Ce midi-là, trois athlètes japonais – un couple et un patineur en simple – ont la glace pour eux. Treize des vingt duos qui s’entraînent habituellement ici sont partis à Milan récolter des médailles : l’or pour les Français Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron, l’argent pour les Américains Madison Chock et Evan Bates. Devant leur coach, les jeunes Japonais s’élancent, virevoltent, défient la gravité. Chaque pirouette est scrutée à la loupe. Position des épaules, élévation de la jambe… Invisible aux yeux des néophytes, le moindre faux pas est vite détecté par Elise Hamel. «On travaille la stabilité, la puissance, l’ouverture des hanches.» L’entraîneuse n’hésite pas à exécuter elle-même les mouvements, comme en témoignent les traces laissées sur ses patins blancs.

Code de vie strict

Pour Shingo Nishiyama, 24 ans, le choix de poursuivre sa carrière à plus de 10 000 kilomètres de sa ville natale, Tokyo, était évident. «Les meilleurs athlètes du monde s’entraînent ici», résume-t-il. La réputation des entraîneurs y était aussi pour beaucoup. Les ex-champions canadiens de danse sur glace Marie-France Dubreuil et Patrice Lauzon, avec la sommité en chorégraphie sur glace, le Français Romain Haguenauer, y ont entraîné de nombreux médaillés mondiaux. Ils ont fondé l’Académie de glace de Montréal (I.AM) en 2014, et choisi la ville québécoise pour sa quarantaine de patinoires intérieures. Leur approche est holistique et vise la longévité des carrières. Des entraîneurs, des professeurs de danse, de cirque, de théâtre, des nutritionnistes, des psychologues et des physiothérapeutes encadrent les patineurs.

«L’enseignement est positif, doux, poursuit Shingo Nishiyama. Au Japon, c’est encore l’entraîneur en premier. Ici, les coachs respectent beaucoup les athlètes.» Cette bienveillance explique en partie le succès de l’I.AM, croit la directrice des programmes de développement, Ann-Julie Dion. Celle qui se décrit comme la «maman des athlètes» gère les horaires, coordonne les ressources humaines et entraîne les ados du programme jeunesse. Elle fait partie d’une équipe soudée et dévouée, qui fait la force de l’Académie, selon elle. «Parfois en sport, les gens veulent garder la lumière sur eux, alors qu’ici c’est vraiment une lumière partagée», illustre-t-elle. Une recette payante au vu des récents résultats olympiques.

Mais ce n’est pas non plus la colonie de vacances. Un code de vie strict est imposé aux athlètes comme aux entraîneurs et les écarts de conduite ne sont pas tolérés. Dans un sport où les erreurs peuvent se traduire en d’humiliantes chutes au sol, il faut cultiver la confiance en soi et le respect chez les jeunes, selon Ann-Julie Dion. «Je leur dis : tu as le droit d’être fâché, mais pas de frapper la glace. Je n’interviens jamais sur les émotions des athlètes, mais j’interviens sur leurs comportements.» L’entraîneuse Elise Hamel, pour sa part, assure faire attention aux mots qu’elle emprunte. «On fait beaucoup de psychologie. Un athlète, c’est d’abord un être humain, dit-elle. On a un impact sur eux et il faut être conscient de ce qui va leur rester, après le patin.»

Se mesurer à l’excellence

Dans les gradins, un groupe de 40 touristes français venus de Dijon observent les entraînements. L’Académie est l’un des arrêts prévus dans l’itinéraire du voyage auquel participe Anthony Duhin. «Je suis admiratif de leur technique, de leur grâce… Ce sont de futurs champions et je serai ravi de les revoir plus tard à la télé», dit-il.

Le duo canadien formé par Jamie Fournier, 21 ans, et Everest Zhu, 22 ans, semble heureux de se faire prendre en photo avec les visiteurs, et fier de représenter l’I.AM. «Je me suis entraîné ailleurs et ce n’est pas pareil. S’entraîner aux côtés de patineurs de niveau olympique sur la glace, c’est inspirant», soutient Everest Zhu. C’est un vecteur de progrès pour le couple, croit sa partenaire, Jamie Fournier. «On voit ce qu’on voudrait être, tous les jours. Cela nous pousse à faire mieux.» Les Alpes, où se tiendront les prochains Jeux d’hiver, ne semblent plus qu’à quelques coups de patins.

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