Menu
Libération
Portrait

Patinage aux JO d’hiver 2026 : Adam Siao Him Fa, le feu sous la grâce

Réservé et élégant, le patineur français de 25 ans, troisième du programme court mardi 10 février à Milan, s’avère tranchant quand il s’agit de défendre le renouveau de son sport, à l’instar de la star américaine Ilia Malinin. Il peut viser une médaille ce vendredi 13 février au terme du programme libre.

Le Français Adam Siao Him Fa lors de la finale du Grand Prix - Aichi International Arena, à Nagoya, au Japon, le 4 décembre 2025. (Issei Kato/Reuters)
Publié le 10/02/2026 à 6h12, mis à jour le 12/02/2026 à 17h15

Inscrivez-vous pour recevoir gratuitement notre newsletter Libélympique tous les matins pendant les Jeux.

Il est, selon les bookmakers, la meilleure chance du patinage individuel français à Milan. Et s’il montait sur la boîte olympique à Milan ce vendredi 13 février (jour du programme libre homme, le programme court ayant eu lieu le 10), Adam Siao Him Fa sortirait l’Hexagone d’un tunnel de vingt-huit ans : depuis 1998 et le bronze de Philippe Candeloro à Nagano (récidive de la même perf à Lillehammer quatre ans plus tôt), aucun tricolore n’y est parvenu en épreuves solos, chez les hommes comme chez les femmes. Au total, beaucoup d’attentes pour un seul homme. «Je fais abstraction», répond posément, de l’autre côté de l’écran, le licencié à Nice. En cette fin janvier, il peaufine sa préparation aux JO à Avignon. «Je suis bien, en forme, je prends du plaisir à l’entraînement, tout se passe bien… J’ai hâte que ça arrive.»

La première partie de l’olympiade lui donne raison (autant qu’aux bookmakers). Mardi 10 février, à la patinoire de Milan, Adam Siao Him Fa a brillé dans le programme court du patinage masculin - environ deux minutes quarante à remplir d’éléments imposés. Grâce à un passage nickel, sans un accroc, le patineur français termine à la troisième place, ce qui écarte l’obligation d’une remontada comme celle qu’il avait dû opérer pour décrocher le bronze aux championnats du monde en 2024. Il établit même, avec 102,55 points, son record personnel dans l’exercice.

Voilà de quoi valider aussi la décision de faire l’impasse sur les championnats d’Europe, qui pouvait semer le doute. «La compétition phare, ce sont les Jeux. On a énormément discuté avec mon équipe, et décider que de ne pas aller à Sheffield était la bonne décision. J’ai beaucoup enchaîné depuis le début de la saison et j’ai senti que cette impasse était nécessaire.» Laisser glisser, rebondir avec une apparente facilité, se réceptionner sans à-coup, rester concentré : le locuteur (25 ans) reflète le patineur. On est loin de la pétarade extravertie d’un «Candel» - le showman, entrepreneur et commentateur télé est ces temps-ci candidat à la présidence de la Fédération française des sports de glace.

Arrimé au groupe de tête mondial

La trajectoire d’Adam Siao Him Fa confirme un discret forçat, chevillé au patin depuis ses 4 ans. La glace n’est, a priori, pas dans l’ADN familial : ses parents sont originaires de l’île Maurice, se sont installés en France pour les études en médecine du père. Mais le sport l’est, et les quatre enfants tâtent tôt de tout, à Bordeaux où ils sont nés : gymnastique, danse, tennis, hockey sur gazon, et, donc patinage. Le cadet accroche d’emblée et va dès lors gravir tous les échelons, dans une progression méthodique qui le fait sillonner la France au gré de ses entraîneurs - Villenave-d’Ornon près de Bordeaux, puis Toulouse, puis Poitiers, puis Nice.

Premier novice (moins de 14 ans) français en 2014, premier top 10 international chez les juniors trois ans plus tard ; premier aux championnats de France senior 2022 et 2023 ; douzième aux championnats d’Europe en 2019, onzième l’année d’après, premier en 2022 et 2023 ; dixième aux championnats du monde en 2023, troisième en 2024, quatrième en 2025. D’évidentes qualités athlétiques, une montée en puissance technique, une présence élégante : le voilà solidement arrimé au groupe de tête mondial. Sauf qu’il y a du beau monde au balcon. Le Kazakhstanais Mikhail Shaidorov, les Japonais Yuma Kagiyama et Shun Sato, l’Italien Matteo Rizzo, le Russe (sous bannière neutre) Petr Gumennik en embuscade… Et ne parlons pas de la pépite américaine Ilia Malinin, grand favori avec sa mitraille de quadruples sauts et son sens du show. Depuis quatre ans, le double champion du monde de 21 ans survole la discipline.

Autre bémol, Siao Him Fa n’est pas forcément rassurant, capable de trous d’air qui exigent remontada, comme aux championnats du monde de Montréal, en 2024, où il décroche le bronze grâce à un programme long d’anthologie après un court raté. «Il a un côté « Je suis très bon quand je suis au pied du mur », il a tendance à être meilleur chasseur que chassé», décrypte son entraîneur, Cédric Tour.

«Rébellion positive»

«Ilia est très fort, mais il n’est pas imbattable, et on a tous déjà raté, observe Adam Siao Him Fa, qui a sans doute en tête le Grand prix de Nagano, début décembre, où le prodige s’est loupé en programme court. Et non, sa suprématie n’est pas déprimante, plutôt motivante. Elle me dit de faire mieux.» Ils s’apprécient et se rejoignent dans l’approche de la discipline. «Je veux révolutionner le patinage artistique, le porter à un niveau supérieur», clame le flamboyant Malinin. Moins frontal, Siao Him Fa prône une «rébellion positive». Mais il est ferme, et confirme en visio : «Le patinage a besoin d’un petit coup de renouveau. Le système de jugement, la compétition, son format : il faudrait revoir, assouplir, diversifier.»

Pourquoi, par exemple, s’en tenir à un seul programme court par saison, comme c’est la tradition mais lassant, pour l’athlète comme pour le public ? Lui en propose d’ores et déjà deux, sur Gangsta’s Paradise de Coolio et SOS d’un terrien en détresse par Grégory Lemarchal. Les couples non mixtes, comme celui proposé par Gabriella Papadakis ? «Ça devrait pouvoir exister en compétition.»

Son gabarit (1m67, 60 kilos) est-il celui du roseau ? Adam Siao Him Fa n’a pas plié ni rompu dans sa défense du backflip (saut périlleux arrière). Kif du public mais jugée trop dangereuse, la figure a été interdite en 1976. Le Français a milité pour sa réhabilitation, jusqu’à le maintenir en championnats d’Europe et du monde malgré les points de pénalité. Depuis le retour en légalité du blackflip, en juin 2024, il le dégaine quasi systématiquement en programme long. À propos des JO de Milan-Cortina, il dit au site Olympics.com que «le rêve le plus important serait de gagner la médaille d’or, évidemment. Mais avant tout, je veux pouvoir présenter des programmes dont tout le monde se souviendra, qui resteront dans l’esprit des gens.» Pas si sage derrière l’image.

Mis à jour jeudi 12 février avec le programme libre ; mercredi 11 février à 8 heures après sa troisième place au programme court.

Dans la même rubrique