Tenues de sport option maillot de l’Olympique de Marseille pour lui, torche en papier pour leur fils Victor, 5 ans, qui arbore un tee-shirt «Paris 2024» : Virginie, 40 ans, et Rémi, 42 ans, se sont levés tôt ce matin à Pélissanne, où ils résident à une trentaine de kilomètres d’Aix-en-Provence, pour enfiler leur panoplie olympique et rejoindre le nord de Marseille. Depuis trois jours, le trio s’est lancé dans un véritable marathon pour suivre chaque miette du passage de la flamme, débarquée de Grèce à Marseille, dans la préfecture des Bouches-du-Rhône, première escale française d’une traversée du pays en 400 étapes qui va durer jusqu’à la cérémonie d’ouverture, le 26 juillet à Paris.
«C’est historique»
Dès mardi soir, pour se mettre dans l’ambiance, la famille de Victor s’était motivée pour assister au spectacle de drones, suivi du concert de Patrick Fiori organisé en amont de l’arrivée du Belem. Le lendemain matin, ils s’étaient postés en bord de mer dans le quartier marseillais de l’Estaque pour profiter de l’arrivée magistrale du trois-mâts, qui a fait son entrée dans la rade, escorté par plus d’un millier d’embarcations. Le soir, après une journée à écumer les nombreuses animations proposées sur le Vieux-Port, ils ont vibré lors de son amarrage à quai au son de l’orchestre philharmonique de la ville, sous les feux d’artifice et les acrobaties de la patrouille de France. Victor a hurlé lorsque la star locale Jul, invité-surprise de cette cérémonie, a récupéré le flambeau descendu du bateau par le nageur Florent Manaudou, puis il a attendu longtemps que la foule démentielle – jusqu’à 150 000 personnes décomptées sur le Vieux-Port et 230 000 dans toute la ville selon la municipalité – se discipline pour que Soprano et Alonzo entament leur concert géant… «On est rentrés très tard, on est un peu crevés, confie tout sourire Virginie. Mais c’est historique et ça se passait à côté de chez nous, on n’avait pas d’excuse. Il y a tellement de gens qui voudraient être là et qui n’ont pas pu venir.»
Ce jeudi matin, après un passage par Notre-Dame-de-la-Garde, la Corniche et le palais du Pharo, la flamme débarquée la veille est passée à 11 h 10 précises sous les lettres géantes MARSEILLE, plantées façon Hollywood à flanc de colline dans ce coin encore vert des quartiers Nord. Des centaines de personnes, souvent casquettes vissées sur le crâne pour atténuer le soleil qui frappe dur, encadrent le chemin par lequel l’humoriste Redouane Bougheraba, déjà posté 500 mètres plus haut, doit s’élancer avant de passer la torche enflammée à Mathilde L’Hôte, actrice régionale de l’économie sociale et solidaire. Anonymes et personnalités vont ainsi se relayer toute la journée sur huit étapes à travers toute la ville, des lieux emblématiques du centre aux quartiers populaires plus excentrés. «C’est bien que, pour une fois, on n’oublie pas les quartiers Nord», souligne Vanessa, venue elle aussi en famille de l’Estaque pour suivre l’étape sous les lettres. Son fils Rayanne guette le passage de Bougheraba qu’il ne connaît pas. «Il est trop petit pour ses blagues, sourit-elle. Ça aurait été bien qu’on ait plus de personnalités qui passent dans le quartier. Le XVe arrondissement a apporté beaucoup d’artistes et de sportifs, quand même, à commencer par Zidane.» Le héros local, né à deux pas de là, dans la cité de la Castellane, a été annoncé mille fois depuis la veille sur l’étape marseillaise, sans pour l’instant s’être montré… «Peut-être que, la prochaine fois, ce sera mon fils qui portera la flamme, il fait de l’escrime !» espère Vanessa.
«Fier de représenter ma ville»
Le parcours autour des lettres est assez bref, Redouane Bougheraba, qui a fait ses 200 mètres en marchant, pour faire durer le plaisir, a déjà passé le relais et se prête désormais au jeu des selfies, sous les applaudissements du public. «C’est vraiment émouvant, c’est historique, raconte-t-il. On dit que ça n’arrive que tous les cent ans, Il y a cent ans, je n’étais pas là, dans cent ans, je ne serai plus là, c’était le bon timing ! Je suis fier d’avoir représenté ma ville, ce que j’essaie de faire tous les jours.»
Avant lui, d’autres gloires locales avaient déjà empoigné le flambeau. A commencer par Basile Boli : le mythique butteur de l’OM lors de la finale de la Coupe d’Europe gagnée par le club en 1993 a ouvert le relais au pied de Notre-Dame-de-la-Garde à 8 h 20, avant de passer le relais à Colette Cataldo, 83 ans, emblématique doyenne des supporteurs du club de foot, qui s’est emparée de la torche en chantonnant Allumer le feu, le tube de Johnny Halliday. Près de 200 relayeurs se succéderont ainsi jusqu’à ce soir, Marseille étant la seule ville, avec Paris, à être traversée sur une journée entière.
Sans surprise, c’est devant l’incontournable Vélodrome que la flamme olympique achèvera son parcours marseillais. Après un ultime relais sur le Prado, le rappeur Soprano devrait s’emparer de la torche pour un spectaculaire relais sur le toit du stade. Eric Di Meco, lui aussi champion d’Europe 1993 comme Basile Boli, lui succédera avant de passer la main à une autre légende olympienne, Didier Drogba, chargé d’allumer une ultime fois le chaudron installé sur le parvis Ganay. Sont attendus également pour ces festivités l’inoubliable Jean-Pierre Papin, Louisa Necib, Marseillaise et ancienne numéro dix de l’équipe de France, et Valentin Rongier, actuel capitaine de l’OM. Une célébration finale volontairement très footballistique, histoire de coller à l’état d’esprit ambiant à Marseille ces derniers jours : le soir même, à 21 heures, le club luttera pour une place en finale de la Ligue Europa en affrontant l’Atalanta Bergame. Depuis hier, les «Aux armes !» généralement scandés au stade, ont régulièrement retenti à chaque étape de la flamme des Jeux. Histoire de se chauffer la voix, avant que la ville ne s’embrase définitivement en cas de victoire.




