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Les Françaises du biathlon ramènent deux nouvelles médailles, et on en vient presque à être déçu. Une exigence un poil abusive, mais ça résume l’immense potentiel de cette délégation, où deux biathlètes – en l’occurrence Julia Simon et Lou Jeanmonnot – peuvent en cacher une troisième : Océane Michelon. La moins connue des néophytes. La Chambérienne, 23 ans, est pourtant tout sauf une impostrice postée là, sur la deuxième marche recouverte de neige, après le sprint de ce samedi 14 février à Antholz.
La nouvelle vice-championne olympique était déjà à cette place aux Mondiaux de 2025, après la mass-start de Lenzerheide (Suisse), quelques jours après avoir raflé l’or avec ses compagnonnes du relais féminin. Elle y avait alors joué parmi les rôles principaux, en réussissant un passage tonitruant.
Alors où était-elle, depuis le début ? C’est vrai, Océane Michelon ne s’était pas encore présentée au public d’Antholz. Une impolitesse contrainte, le staff tricolore l’ayant recalée pour le relais mixte et pour l’individuel. Pas sa spécialité, certes. Aussi parce que cette année, celle qui avait fini l’hiver 2025 avec le dossard bleu de la meilleure jeune n’avait pas su confirmer comme promis.
«J’ai fini dans le dur»
La fanfaronne venue des Bauges, copine de classe d’Eric Perrot au lycée et blagueuse officielle du groupe bleu, n’avait plus le sourire si facile en zone mixte. Elle est pourtant un «rayon de soleil» quotidien, certifie Lou Jeanmonnot, sur la marche du dessous aujourd’hui. La cheffe de file ajoute aussi que «toutes les émotions du monde sont visibles sur son visage». Dans le creux de l’hiver, au moment de la période des fêtes, on a lu l’inquiétude et la frustration. La mine des performances poussives. Une confiance redirigée vers le bas. Jusqu’à cette mass-start de janvier, conclue 2e. Certes, sans toutes les fortes têtes alignées sur la course. Mais ça l’a remise dedans.
A Antholz, la 12e mondiale a dû attendre son tour dans sa chambre. Pas sagement. Elle trépignait. «J’étais très animée par les médailles faites» par les autres. Elle aussi voulait sa part. Sans course dans les pattes, celle qui a connu par le passé quelques problèmes au cœur, au point de subir une légère opération en 2023, est entrée dans son baptême olympique la cage thoracique ouverte en grand. Un peu trop, et elle a malheureusement viré rouge vif lors de la dernière boucle. «J’ai fini dans le dur. Le dernier kilomètre a été très compliqué.» Du stress évident, celui qui fait monter les pulsations et vous coupe la faim. Michelon n’avait pas réussi à s’alimenter autant que d’habitude. «Je pense que j’ai fait un mini-début d’hypo (hypoglycémie)», estime-t-elle après avoir repris son souffle.
Engagée dans le grand final avec neuf fragiles secondes d’avance sur la Norvégienne Maren Kirkeeide, elle savait que le graal risquait sûrement de lui échapper, en regardant impuissante les intermédiaires. «Quand je la vois à une seconde au dernier inter, je me suis dit : «Bon, on connaît les talents de finisheuse de Maren».» La Norvégienne terminera devant pour moins de quatre secondes.
Biathlon de demain
La nouvelle cheffe de file «norge», 22 ans, ne s’était pas non plus présentée aux yeux du monde. Du moins, pas comme convenu. On l’avait vue en relais et sur l’individuel. Pas à son vrai niveau. Cette fois, elle a couru plus posée. Elle a lissé son effort, en ne concédant qu’une dizaine de secondes dans la première moitié, avant de planter les bâtons plus vigoureusement dans la seconde. Leur duel à distance préfigure certainement ce que sera le biathlon de demain.
Aujourd’hui, il a malgré tout été une affaire française. Jeanmonnot complète sa collection de couleurs avec la moins belle, au terme d’une intrigue similaire à celle de l’individuel : une erreur de tir, juste celle de trop. Elle aura quand même une sacrée opportunité d’en accrocher une plus jolie dès dimanche : son chrono la place en embuscade pour la poursuite.
L’occasion de remplir un peu plus la hotte, qui déborde déjà à mi-parcours de 7 médailles en 5 courses. On en viendrait presque à se demander si la discipline ne pourrait pas, à elle seule, faire mieux que toute l’équipe de France version Pékin 2022 (14). Les deux récompensées du jour préfèrent ne pas trop en parler «pour ne pas se porter la poisse». A côté, le DJ d’Antholz connaît ses classiques français et enjaille le public tricolore au son de Désenchantée. Cette génération-là, c’est pourtant bien tout le contraire.




