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Forte tête

Avec son casque commémorant ses compatriotes tués par la Russie, l’Ukrainien Vladislav Heraskevych défie le comité olympique aux Jeux de Milan-Cortina

L’athlète, qui est aussi le porte-drapeau de sa délégation, s’est aligné à l’entraînement, lundi 9 février, avec un casque figurant les portraits de plusieurs athlètes tués depuis l’invasion de l’Ukraine. Un objet qui contrevient à la charte olympique, selon le CIO qui lui a proposé de porter plutôt un brassard noir.

Vladislav Heraskevych à l'entraînement avec son casque customisé, lundi 9 février, à Cortina d'Ampezzo, en Italie. (Athit Perawongmetha/REUTERS)
Publié aujourd'hui à 9h31, mis à jour le 10/02/2026 à 21h02

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En skeleton, le casque est sans doute la partie d’équipement la plus importante. D’abord, parce qu’elle protège les athlètes, qui se lancent dans d’impressionnantes descentes à plat ventre, la tête en avant. Ensuite parce que, précisément en raison de cette posture, c’est la pièce que l’on voit le plus. Alors, certains skeletoneurs aiment décorer avec soin leurs protections de tête. L’une d’entre elles est au cœur de toutes les attentions aux Jeux de Milan-Cortina.

Il s’agit du casque gris de l’Ukrainien Vladislav Heraskevych, sur lequel figurent des photos d’athlètes compatriotes tués par la Russie. Certains étaient des amis intimes. Celui qui est aussi le porte-drapeau de son pays pour ces Jeux d’hiver l’a arboré lors d’un entraînement de skeleton, lundi 9 février, à Cortina d’Ampezzo. Avant de se voir intimer par le Comité international olympique (CIO) de le remiser pour les prochaines sorties. L’instance lui a proposé à la place de porter un brassard noir. Lui persiste dans sa volonté de porter son casque customisé.

Article 50

Le skeletoneur ukrainien raconte avoir d’abord reçu lundi, au village olympique, la visite de Toshio Tsurunaga, le représentant du CIO en charge de la communication avec les athlètes. Lequel a invoqué l’article 50 de la charte olympique prévoit qu’«aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique». Et ce pour que «tous les athlètes puissent se concentrer sur leur performance», a précisé devant la presse ce mardi 10 février Mark Adams, le porte-parole de l’instance olympique.

«Cette décision me brise le cœur. J’ai le sentiment que le Comité international olympique trahit des athlètes qui ont fait partie du mouvement olympique en ne leur permettant pas d’être honorés là où ils ne pourront plus jamais se produire», a réagi Vladislav Heraskevych sur Instagram lundi.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a sans surprise apporté son soutien à l’athlète. «Son casque arbore les portraits de nos athlètes qui ont été tués par la Russie. Le patineur artistique Dmytro Sharpar, tué au combat près de Bakhmout ; Yevhen Malyshev, un biathlète de 19 ans tué par les occupants près de Kharkiv ; et d’autres athlètes ukrainiens dont la vie a été emportée par la guerre menée par la Russie», a-t-il souligné sur Telegram. Pour le chef d’Etat ukrainien, Vladislav Heraskevych a «rappelé au monde le prix de notre lutte. Cette vérité ne peut être gênante, inappropriée ou qualifiée de «manifestation politique lors d’un événement sportif».»

Heraskevych a détaillé auprès de Reuters les autres athlètes représentés sur son casque : la jeune haltérophile Alina Perehudova, le boxeur Pavlo Ishchenko, le hockeyeur Oleksiy Loginov, l’acteur et athlète Ivan Kononenko, la plongeuse Mykyta Kozubenko, le tireur Oleksiy Habarov et la danseuse Daria Kurdel. Evoquant des précédents «où le CIO a autorisé de tels hommages», Heraskevych a annoncé faire appel. «Nous préparons un recours officiel auprès du CIO et lutterons pour pouvoir participer à la compétition avec ce casque», a-t-il souligné.

Le brassard noir, un «bon compromis» estime le CIO

L’instance olympique a tenté de trouver un arrangement, en tenant lundi soir «une réunion informelle» avec l’entraîneur de Vladislav Heraskevych «et son entourage». «Nous avons réaffirmé que, dans ce cas, comme nous le faisons désormais plus souvent, nous ferons une exception à ces directives pour lui permettre de porter un brassard noir pendant la compétition, afin de procéder à cette commémoration», a précisé Mark Adams. Lequel dit estimer «que c’est un bon compromis».

Sauf que l’athlète ukrainien n’entend nullement retirer son «casque mémoriel», selon l’expression de son entraîneur. «Je l’ai utilisé lors des essais […] et je l’utiliserai lors de la course», a persisté Vladislav Heraskevych, lors d’une conférence de presse tenue ce mardi soir à Cortina d’Ampezzo. «Je pense vraiment que si nous sommes ici aujourd’hui, si nous pouvons apprécier le sport, apprécier les Jeux olympiques, c’est aussi grâce à leur sacrifice. Je crois qu’ils devraient être ici aujourd’hui avec moi», a-t-il argumenté. Selon un décompte transmis par le ministre ukrainien des Sports Matviy Bidnyi à l’AFP, «plus de 650 athlètes et entraîneurs» ukrainiens ont été tués depuis l’invasion russe en février 2022.

Voilà le CIO désormais bien embarrassé. Soit il sévit, au risque de déclencher un tollé s’il venait à disqualifier Heraskevych. Soit il sort une nouvelle solution sur-mesure de son chapeau, au risque de transiger sur un principe cardinal de l’olympisme et de créer un précédent potentiellement embarrassant. Il reste 48 heures pour être inventif : l’épreuve individuelle hommes de skeleton est programmée vendredi 13 février.

Mis à jour à 21 heures avec la conférence de presse de Vladislav Heraskevych ; à 13 h 25 avec la proposition du CIO de porter un brassard noir.


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