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Il déteste qu’on l’appelle comme ça. Mais le «Morbac» n’a jamais aussi bien porté son surnom ce vendredi 20 février. Combien de fois Quentin Fillon Maillet est-il revenu d’outre-tombe ? A quatre reprises sur la mass-start, dernière course de biathlon de ces Jeux, il est allé saluer l’anneau de pénalité en raison d’un tir manqué. Qu’a bien dû se dire l’Allemand Philipp Horn, pourtant pas le moins rapide quand il s’agit de s’engager sur la neige, en entendant son coach lui dire que le Français de 33 ans s’accrochait encore avec six secondes de retard à l’entame de la dernière boucle ? «Il a dû s’avouer vaincu», sourit Simon Fourcade.
Le coach des Bleus n’avait «aucun doute» sur l’issue d’une course «très compliquée», âpre. Avec des bourrasques plus violentes que d’ordinaire, qui obligent à faire «des clics» sur sa carabine, pour ajuster sa visée. Une neige poussive, énergivore. De quoi achever d’abîmer des corps exténués par quinze jours d’effort. Celui de l’Italien Tommaso Giacomel, un des favoris, n’a pas survécu. Il a abandonné à la mi-course. Les trois autres Français ont fini, mais ils sont tombés les uns après les autres. D’abord Fabien Claude, puis Eric Perrot, puis Emilien Jacquelin.
«Aucune certitude»
Des quatre et de tous les entamés, c’était Fillon Maillet qui avait encore le plus gros coffre, et s’il avait été plus précis avec sa carabine, peut-être aurait-il pu enquiquiner les Norvégiens Laegreid et Dale-Skjevdal, en argent et en or ce vendredi. «Certains ont peut-être jeté l’éponge un petit peu plus tôt que d’habitude. Quentin, c’est dans son tempérament. C’est quelqu’un qui ne lâche jamais, du début à la fin», dit Simon Fourcade.
L’ancien étudiant en design industriel est aussi du genre à faire ses calculs pendant les reconnaissances. Qui sait qu’en haut de la longue bosse en sortie de bois, on est à deux tiers de la randonnée. Et que l’endroit est propice à l’attaque. «Je me suis mis un peu à l’abri pour reprendre un peu d’énergie», raconte-t-il. C’était «all-in» : «Il n’y avait aucune certitude [sur l’issue] parce que je ne savais pas comment lui [Philipp Horn] avait géré sa course», précise-t-il.
Malle à souvenirs
Avec cette quatrième médaille acquise sur la piste d’Antholz-Anterselva (trois en or, une en bronze), Quentin Fillon Maillet se retrouve seul. Tout en haut du sport français, désormais nanti de neuf breloques aux Jeux, record de distinctions pour un olympien tricolore, JO d’hiver et d’été confondus. Et autant de reliques accumulées en Italie que ce nostalgique consciencieux enfermera dans sa malle à souvenirs. Au milieu de ses dossards rouges de leader de la Coupe du monde de biathlon, de son accréditation malheureuse de Pyeongchang 2018 (zéro pointé), de sa tunique portée lors de l’individuel victorieux des Jeux de Pékin 2022 (cinq médailles au total).
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Il y a huit ans, il avait fini 29e de la mass-start, dans un contexte familial pesant, marqué par les cancers de sa femme et de son beau-père. En Chine, ses neurones avaient trop tergiversé en voyant Johannes Boe gâcher trois balles sur la même épreuve : «Je pouvais aller chercher le record des JO d’hiver avec six médailles, ça m’avait fait trembler d’émotion. J’avais juste pas envie de revivre ça», souligne aujourd’hui «QFM», le surnom qu’il préfère et dont les trois lettres s’affichent encore partout à Saint-Laurent-en-Grandvaux (Jura), son village franc-comtois où il a grandi. Il y a pensé quand même, mais «le moins possible».
Insatiable
«Il arrive toujours à se sublimer», loue son compatriote Emilien Jacquelin, 12e ce vendredi. Un «coéquipier exemplaire», qui le «bluffe» par sa positivité. Même dans le noir, le Jurassien «discret» finit toujours par y voir clair. L’homme ne «peut qu’inspirer les jeunes», opine Simon Fourcade. Quel héritage laisse le nonuple médaillé, dont beaucoup ont l’impression qu’il n’est pas reconnu à la juste valeur de ses métaux ? Jacquelin avance une idée pour expliquer pourquoi on en parle moins que les autres : «La différence, c’est qu’un Teddy Riner et un Léon Marchand, y’en a qu’un dans une discipline. Aujourd’hui, il y a tellement d’athlètes qui performent qu’on met plus en avant le biathlon français que QFM.»
L’intéressé s’en fiche un peu. «D’avoir battu des patrimoines du sport français», ça le fait juste «rêver encore plus». L’insatiable s’interroge tout haut : «Pourquoi pas aller chercher les Alpes 2030 ?» Puis très vite : «Attention, c’est pas une annonce officielle.» Il aura 37 ans. La question fut posée à Jacquelin, 30 ans, avant : «Je sais pas, [je serai] peut-être sur l’anneau de pénalité à compter les anneaux d’Oscar |Lombardot], d’Eric [Perrot] et des jeunes», avait-il hésité. Fillon Maillet, lui, comptera peut-être les secondes à rattraper pour recoller à la meute. Après tout, c’est là-dedans qu’il s’épanouit. «Mon bonheur n’est pas dans le succès proprement dit. Il est dans la performance.»




