Inscrivez-vous pour recevoir gratuitement notre newsletter Libélympique tous les matins pendant les Jeux. Et pour ne rien manquer des Jeux, suivez notre live.
Le ciel était chargé tout en haut de la Tofane, ce jeudi 12 février. Aucune spécialiste du Super G n’aime d’ordinaire enfoncer ses planches dans la brume, et en adepte du parapente, Romane Miradoli encore moins que les autres. «J’y ai pas pensé. Dans ma tête je me disais : “Je traverse et c’est pas grave.” Qu’en dessous, c’était quand même mieux.» Bien vu : en s’élançant tête la première dans la grisaille, la skieuse de 31 ans en est ressortie 2 560 mètres plus bas argentée, quand une bonne poignée de prétendantes avant elle avaient mordu la neige mi-naturelle mi-artificielle des Dolomites. La Française n’était même pas au courant. Tout cela tombait plutôt bien pour Miradoli, skieuse très, très rarement coupable de sorties de piste. Elle n’avait «qu’une peur, c’était de ne pas skier libérée». D’arriver en bas frustrée de ne pas avoir «joué».
Onze mois plus tôt, elle a songé à déchausser pour de bon, après une nouvelle série de courses ratées de trop. La perspective lui a traversé l’esprit pas longtemps après les Mondiaux de Saalbach. Là-bas, elle était «rentrée dans un cercle vicieux, négatif», «presque soulagée que ça se termine». L’impression d’avoir atteint un point de non-retour. Son dos récalcitrant la malmenait toujours. Elle s’est finalement ravisée, rattrapée par l’idée de ne pas s’être entraînée pendant des mois pour rien. «En milieu de saison, c’était ridicule d’arrêter, je n’avais pas fait tout ça pour ça. J’ai essayé de me faire un peu plus confiance et de mettre toutes les chances de mon côté.»
Première médaille pour l’alpin féminin depuis 2002
Puis tout s’est réenclenché. Pour la première fois depuis longtemps, la Haut-Savoyarde a vécu une préparation sereine. C’est quand même commode, de ne pas se «gaver d’anti-inflammatoires», comme lorsqu’elle s’était rompu deux fois les ligaments croisés du genou gauche, en décembre 2020 puis en mars 2023.
Elle a tout remis à plat dans son fief à Samoëns, où son nom était déjà bien connu des locaux avant son éclosion au début des années 2010. Son grand-père, jadis président du club de Chamrousse, en fut le maire sept ans durant au début des années 2000. Son oncle, François Simond, avait déjà tenté de rapporter une médaille à la famille aux Jeux de 1992 et 1998. Miradoli s’en est chargée, pour eux et pour tout l’alpin féminin, qui n’en avait plus vu depuis Salt Lake en 2002 et le titre en descente de Carole Montillet.
Une carrière écrite au gré des articulations
Miradoli nous avait confié en janvier, juste avant de filer en Italie, se «sentir bien à l’aise cette année avec la vitesse». Ce côté «un peu nouveau» d’attaquer la saison «moins frileuse» avec «un nouvel état d’esprit». Derrière tout ça, cette idée persistante qu’une carrière de skieuse s’écrit souvent au gré des articulations. Les siennes, et parfois celles des autres : à la gauche de Miradoli sur le podium, l’Italienne Federica Brignone a dégringolé jusqu’en aval, avec 41 centièmes d’avance sur la Française, onze mois après avoir subi une double fracture du tibia-péroné. Elle a repris la compétition il y a un mois. A ça près, Miradoli était championne olympique.




