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Le besoin de revanche, de laver l’affront, n’est pas forcément un bon carburant. L’intéressé a plus de chances de cramer toute son énergie à fomenter le retour de boomerang du siècle plutôt que de réussir à le concrétiser. Mais ça, c’est un schéma pour quidam. Tout le monde n’est pas le Comte de Monte-Cristo ou un sportif de haut niveau.
Ce samedi 21 février, sur la Stelvio de Bormio, Emily Harrop (argent en individuel) et Thibault Anselmet (bronze en individuel) ont fait une démonstration de ce qu’est un projet de revanche mené à bien par des champions. Dans l’épreuve du relais mixte du ski-alpinisme, où ils faisaient tandem, les déjà doubles champions du monde de l’exercice ont mené de bout en bout, pour finir en 26 minutes et 57 secondes, soit 11 secondes d’avance sur la paire suisse – et plus de 26 sur le binôme espagnol. L’épreuve a opposé douze équipes, représentant douze pays. Chaque relayeur a effectué respectivement deux boucles dans un ordre imposé (femme-homme-femme-homme), chaque boucle étant elle-même composée de deux phases de montée et deux descentes, avec des variantes (module en «diamant», marches).
Autorité
Médaille d’argent en individuel, jeudi, Harrop avait commenté ce métal comme une désillusion : «Quand on ose être ambitieux, forcément on prend le risque de tomber de haut.» De fait, tout portait à croire que la Savoyarde de 28 ans serait la première championne olympique du ski-alpinisme (invité pour la première fois aux JO à la faveur de cette édition de Milan-Cortina 2026) : elle tient les manettes de la Coupe du monde de sa discipline depuis 2022, avec un palmarès vertigineux.
Une «transition», moment de manipulation du matériel (en l’occurrence un rechaussage de ski) lui a coûté l’or en individuel. Cette fois, alors que l’épreuve en compte plus (portage des skis dans le dos, peautage, repeautage, déchaussage), elle allie fluidité et rapidité. Autorité aussi, avec un côté «je vous montre qui est la patronne».
Un seul moment inquiète un brin : sa montée des marches dans son deuxième relais, où Harrop accuse manifestement le coup et chancèle légèrement. Son avance de vingt-sept secondes fond comme neige au soleil, pour tomber à onze, avec la Suisse en embuscade.
Mission accomplie
Thibault Anselmet avait manifestement décidé qu’il n’y aurait pas d’autre alternative que l’or : lui qui a l’habitude de partir piano, met le turbo d’entrée, pour rester également en tête de la course tout du long. Le Suisse Jon Kistler le talonne, on n’est pas totalement tranquille, mais sous le casque jaune, le gars de Bonneval-sur-Arc (Savoie) semble bien mieux que quarante-huit heures plus tôt où, dans l’individuel, il semblait à côté de la plaque – capable de choper le bronze quand même, il y a d’autres façons de passer à côté d’une course. Non, ce samedi, Anselmet a la confiance, a levé le poing de la victoire à l’entame de sa dernière descente.
A l’arrivée, il dit la satisfaction de la mission accomplie : «On a fait une très belle course, on a fait un gros effort, on était les favoris, on a répondu présent.» Ce que ça coûte aussi : «C’est toute une vie consacrée à ça. Mentalement, ce n’est pas tous les jours facile pour moi comme pour mes proches.» Et cette fois, sur le podium, Emily Harrop a son vrai sourire, immense, confiant.




