La Russie pleinement de retour sur le tatami. La Fédération internationale de judo (IFJ) a annoncé ce jeudi 27 novembre la complète réintégration des judokas russes, qui pourront de nouveau participer aux compétitions internationales sous les couleurs de leur pays, avec leur «hymne» et leur «drapeau national».
Cette décision, «contraire aux principes de paix» dénonce Kyiv, est une «première» pour une fédération sportive selon la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. Elle prend effet «à compter du Grand Slam d’Abou Dhabi 2025», qui démarre ce vendredi 28 novembre, précise l’instance.
La Fédération russe s’est réjouie d’une résolution «historique». «Nous remercions l’IJF pour cette décision si longtemps attendue, juste et courageuse», a réagi son président, Sergueï Soloveïtchik.
Boycott des Jeux olympiques de Paris
En 2023, suivant une recommandation du Comité international olympique (CIO), l’IJF avait décidé de réintégrer les athlètes russes et bélarusses sous bannière neutre, provoquant le boycott de la délégation ukrainienne lors des Championnats du monde de Doha. Aucun judoka russe n’avait participé aux Jeux de Paris sous bannière neutre, comme proposé par le Comité international olympique. Leur fédération avait boycotté les épreuves, jugeant les conditions «humiliantes».
En un an, les choses ont donc considérablement évolué. En juin 2025, la pleine réintégration des Bélarusses sur les tatamis à l’occasion des Mondiaux de Budapest a mécaniquement ouvert la porte à la requête russe. Sergueï Soloveïtchik et les siens se plaignant d’un deux poids, deux mesures, dans le traitement des athlètes russes.
Ce qu’a laissé entendre l’IJF ce jeudi : «A la suite des récents développements, notamment le rétablissement de la pleine représentation nationale des athlètes bélarusses, l’IJF estime qu’il est désormais approprié d’autoriser la participation des athlètes russes dans les mêmes conditions», explique l’instance, dont le président russe, Vladimir Poutine, a longtemps fait office de «président honoraire».
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Le chef du Kremlin avait acquis ce statut en 2008, une période qui marque l’immixtion progressive des Russes au sein de la discipline. Pendant une quinzaine d’années, jusqu’à l’invasion russe en Ukraine, le judo, à l’instar des échecs ou de la boxe, fait alors partie de ces disciplines «russifiées», considérées comme un terrain privilégié de soft power. Symbole de l’influence du Kremlin dans les affaires du judo, le même Poutine, judoka pratiquant et ceinture noire, s’est vu attribuer en 2012 un 8e dan, distinction des plus honorifiques que le dirigeant est le seul à détenir dans son pays.
Connivence avec la Russie
Depuis 2012, la Russie a ainsi accueilli un championnat du monde, deux championnats d’Europe, tandis que cinq compétitions internationales ont été organisées par des pays de l’ex-URSS.
Autant de raouts qui ont été l’occasion de voir Vladimir Poutine en tribunes, complice aux côtés du Roumain Marius Vizer, président de la FIJ depuis 2007. L’indéboulonnable Vizer, comme le reste des pontes de l’instance internationale, avait ensuite pris ses distances avec le président russe, à partir de 2022 et le début de la guerre en Ukraine. La FIJ s’était mise en conformité avec les suggestions du CIO de l’époque, qui préconisait dans un premier temps de laisser les athlètes russes et bélarusses concourir sous bannière neutre, avant de les bannir entièrement. Puis de les réintégrer progressivement à partir de 2023, mais toujours sans drapeau ni hymne.
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La décision de ce jeudi amène donc deux enseignements. Un : pour la première fois, la FIJ agit à l’encontre des préconisations du CIO. Le Comité a dit mercredi, lors de l’allumage de la flamme à Olympie, vouloir attendre de voir ce qu’il ressortirait des pourparlers de paix entre Kyiv, Moscou et Washington avant de statuer sur la présence ou non des Russes aux JO d’hiver 2026, et sous quelles conditions.
Deux : la confirmation d’un réchauffement entrevu ces derniers mois dans les relations entre le pays en guerre et la FIJ, pas contre l’idée de revoir les combattants russes, dont beaucoup trustent les podiums en compétition. «La Russie a toujours été une nation de premier plan dans le monde du judo, a souligné la Fédération internationale de judo. Son retour complet devrait enrichir la compétition à tous les niveaux tout en respectant les principes d’équité, d’inclusion et de respect de l’IJF.»
Or bon nombre de ces judokas qui vont revenir ornés du drapeau national affichent une proximité, maintes fois dénoncée, avec l’armée russe. A titre d’exemple, Inal Tasoev, le grand rival de Teddy Riner qu’il n’a pu affronter ni aux JO de Tokyo, ni aux olympiades parisiennes, s’est rendu coupable de plusieurs likes en faveur de l’armée sur ses réseaux. Pas sûr que le CIO apprécie de le revoir combattre sous les couleurs officielles de son pays.
Mise à jour à 18 h 05 avec la réaction de Kyiv.




